Sorti en 2006 et réalisé par Gorō Miyazaki, Les Contes de Terremer est le premier film du fils d'Hayao Miyazaki au sein du studio Ghibli. Suivrons ensuite La Colline aux coquelicots (2011) que j'ai vu et apprécié, puis Arya et la Sorcière (2020) dont la réception a été assez calamiteuse et que donc je n'ai pas vu. Mais pour revenir au film qui nous intéresse ici, Les Contes de Terremer est basé sur une série de romans et de nouvelles de l'autrice américaine Ursula K. Le Guin. C'est un projet de longue date d'Hayao Miyazaki, mais c'est au fils que sera confié la réalisation, ce qui ne va pas arranger leurs relations. Le père et le fils ne se sont jamais adressés la parole durant toute la production du film, le père n'étant pas du tout d'accord sur la direction que prenait le film. Et le pire reste à venir, lorsque le père assistera à une première projection du film, il quittera la salle avant la fin et déclara face à des journalistes "un film ne se résume pas seulement aux sentiments" ... ou comment tuer dans l'œuf le film avant même sa sortie. Mais en même temps, il n'avait pas totalement tort, car si sur la forme le film est magnifique, production Ghibli oblige, c'est sur le fond que le bât blesse.
Dans Les Contes de Terremer, on est plongé dans un univers d'héroïque fantasy avec une ambiance visuelle et sonore très soignée. C'est un univers qui se rapprocherait du monde médiéval, avec ses châteaux, ses contes et ses grimoires ... et bien sûr de la magie, fantasy oblige. Le récit prend donc place à Terremer, un monde imaginaire peuplé d'humains et de dragons. Le prince Arren fuit son château après avoir tué son propre père ... de là à y voir un parallèle avec la propre histoire personnelle des Miyazaki père et fils, il n'y a qu'un pas. En tout cas, la symbolique est forte et difficile de ne pas y voir une représentation symbolique des propres conflits intérieurs de Gorō Miyazaki. Enfin bref, Arren va se cacher dans la campagne environnante et y fera la connaissance de l'archimage Épervier, de la jeune et courageuse Therru, ainsi que du sorcier Aranéide.
Alors, que penser de cette première réalisation de Gorō Miyazaki ? Tout d'abord, c'est un très beau film d'animation. Les Contes de Terremer bénéficie du savoir-faire Ghibli, l'animation est fluide, ça fourmille de détails à chaque plan et les couleurs sont superbes. Pareil pour la BO, ce n'est pas Joe Hisaishi qui a composé la musique du film, mais les partitions de Tamiya Terashima à l'ocarina et à la cornemuse sont très réussies et nous embarquent immédiatement dans son univers médiéval. Sur un plan visuel et sonore, la direction artistique du film s'éloigne quelque peu de ce qu'on avait pu voir jusqu'à présent dans les productions Ghibli. C'est un peu moins féérique et peu plus "terre-à-terre", moyenâgeux et british. C'est assez rafraichissant de ne pas voir un énième film Ghibli qui recycle les thèmes de Mononoké ou Chihiro, même si des redites sont bien visibles (difficile de ne pas voir l'inspiration du côté de Nausicaa).
Non vraiment, d'un point de vu purement artistique, il n'y a pas grand chose à reprocher au premier film de Gorō Miyazaki. Il y a par contre beaucoup de choses à dire et à reprocher au film d'un point de vu narratif. Le film est très simpliste et manichéen avec des gentils très gentils et des méchants très méchants. La lutte entre le bien et le mal est un des thèmes récurrents des films d'Hayao Miyazaki, mais là avec Les Contes de Terremer tous les personnages sont traités sans nuances. Le mal est personnifié par un sorcier dont les agissements ne sont jamais justifiés, c'est juste le mal absolu. Pareil pour le marchant d'esclave qui n'est là que parce qu'il nous fallait un antagoniste supplémentaire. On se retrouve aves des méchants totalement clichés et insupportables, alors que Ghibli nous avait habitué jusque là des antagonistes bien plus complexes et fascinants.
Même du côté des gentils, ce n'est guère mieux. Therru est une héroïne très lisse, limite agaçante. Elle passe littéralement la moitié du film à faire la gueule à Arren sans avoir de raisons particulières. Quant à l'archimage, c'est un Gangalf de pacotille et au final on sait très peu de choses sur le lien qui l'unit à Therru. Pareil pour le prince Arren qui joue le dépressif durant tout le film et dont on ne saura jamais la raison de sa "double-personnalité" ni le "pourquoi du comment" du meurtre de son père. Et pour finir, il y a les dragons qu'on voit à peine plus de cinq minutes et qui sont pourtant au cœur du lore du film. De toute façon, le film ne prend jamais le temps d'expliquer son lore.
Bref, Les Contes de Terremer est un film problématique en de nombreux points et que je considère comme l'un des moins bons, si ce n'est le moins film d'animation des studios Ghibli. C'était probablement un projet trop lourd à porter pour les (frêles) épaules de Goro Miyazaki. La colline aux coquelicots marquera la rédemption de Goro Miyazaki, avant qu'Arya et la Sorcière ternisse sérieusement sa rédemption.