Le cinéma de Blier est inégal (personne n'est parfait), il y a ses films cultes (qui ne sont pas forcément ceux primés) et puis il y a ses films de second plan, qu'on évoque à peine.

Les côtelettes fait clairement parti de la seconde catégorie de film, celle un peu boudée, notamment par Blier.

Noiret et Bouquet campent deux vieux, un faux de gauche et un faux de droite, l'un venu faire chier l'autre, qui s'engueulent d'abord, puis se confient, sympathisent. Ils ont tout les deux en commun la présence d'une femme dans leur vie, une femme de ménage, d'origine maghrébine, mère de famille, usée, battue. Et puis dans cet échange surréaliste entre nos deux géant du cinéma, la mort personnifiée qui vient s'inviter au débat.

La grande force du film est évidemment son duo qui se délectent du texte de Bertrand Blier, cynique, touchant, drôle et surtout bien écrit (dans la forme, moins dans le fond). Le film a aussi pour lui une puissance narrative unique, où les personnages évoluent constamment d'un décor à l'autre sans vraie interruption, par la force du découpage, se baladant dans les souvenirs d'un personnage, puis d'un autre, brisant totalement la règle de l'espace et du temps, chose possible avec autant de fluidité qu'au cinéma. On se retrouve face à des situations parfois absurdes ou décalées mais cela reste fluide et la diversité des décors fait respirer le film qui aurait pu se vautrer dans le genre du huit-clos et la forme théâtrale.

Malheureusement, le film m'a gêné à plusieurs endroits, pourtant loin de moi cette soif de juger d'un point de vue moral ou politique mais je trouve que le discours sur les femmes est vraiment limite. Le film en vient même à dire qu'il faut frapper les femmes plus fort quand elle vont déjà mal, donnant même la parole au mari violent, (même s'ils le butent au final). Étonnant de la part de Blier qui nous a habitué à beaucoup plus de subtilité et de délicatesse. Les côtelettes est peut être le pendant moins drôle et moins troisième degré de "Calmos". Car ici il est tout de même question de politique et d'orientation marquée, sans doute une forme d'embourgeoisement de Blier qui commençait à vieillir et dont les leçons commencent à sentir le formole.

La fin du film est aussi affligeante. Les deux vieux en**lent la mort (au sens propre comme au figuré) dans une espèce d'odieuse chorégraphie faites par des handicapés qui sortent de leurs fauteuils. C'est ignoble visuellement, la musique est infâme, c'est vulgaire, c'est gênant, et terriblement long.

C'est vraiment dommage de finir sur cette note de si mauvais goût, encore s'il n'y avait pas eu la danse...Mais le film sort tout de même la tête de l'eau de par sa direction et jeu d'acteurs irréprochable, ses dialogues plutôt marrants et sa mise en scène inspirée.

uther
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le 24 janv. 2025

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