Si l'on présente en général le premier film de Minervi comme un Western, c'est que l'on peut s'attendre, à l'instar des *8 salopards *de Tarantino, à une véritable orgie de tirs dans ce territoire immense de l'Ouest américain, plongé dans son rigoureux hiver. Ici, c'est tout l'inverse, et c'est bien cela l'intérêt de l'œuvre.

Le *Western *tourne en rond depuis des décennies, le spectateur est habitué aux us et coutumes du genre. Si Tarantino l'avait réveillé en quelque sorte, par son dynamisme exacerbé qui offre toujours plus de détonations un film après l'autre, ici Minervi revient aux bases du genre. Son Western, c'est littéralement l'histoire de l'Ouest au XIXe et rien d'autre. Le propos est de sorte à ce que l'on ne suive pas un énième chérif ou chasseur de prime caricaturé à la recherche du brigand du coin, mais plutôt une compagnie de l'armée nordiste très hétérogène, tant par ses âges que ses motivations, et surtout qui ne se bat pratiquement pas en 1h30.

Et c'est bien cela la conquête de l'Ouest à l'initiale, des types qui ne savent pas vraiment pourquoi ils sont là (l'argent ? la gloire ? le patriotisme ?), et s'occupent bien comme ils le peuvent, en se bourrant la gueule, en jouant aux cartes, en lisant la bible, en parlant sans trop de but, en montant la garde d'un ennemi dont on ne voit jamais un quelconque morceau, du début à la fin. Justement, en fait, la Guerre de sécession c'était cela principalement: se faire chier pendant des jours.

Plongés dans ces paysages somptueux, dont le passé de documentariste du réalisateur nous saute aux yeux, on y découvre aussi ses gueules de "Red necks", très captivantes au grand écran de par leur incroyable rareté aujourd'hui. Les dialogues sont assez rares, mais très pertinents, en explorant des thèmes assez larges tel que la virilité, la religion, le patriotisme, sans une fois tomber dans de la grosse philosophie pédante m'as-tu-vu. Non et non, les dialogues semblent très naturels, fortement aidés par la prestation réussie des acteurs.

C'est vraiment cela qui séduit ici, c'est la subtilité du propos, on ne prend pas son spectateur pour un con, quand un personnage chiale par exemple, parce qu'il vient d'enterrer un gamin et qu'il était pas loin d'être celui qu'on enterre, bah il chiale tout simplement, c'est tout. On le voit juste pleurer, sans piano et violon tristes derrière qui cherchent à indiquer aux spectateurs quand être heureux et quand être bouleversé, et oui, c'est ça la subtilité (dédicace Spielberg, Nolan & cie).

Pour autant, après une demi-heure le spectateur croit tenir le début du vacarme sanglant tant attendu depuis le début de la séance, puisque une fusillade éclate. Et là encore une fois, c'est superbe. Si le long travelling de la scène est techniquement très réussi, le point culminant va être le fait qu'en tant que spectateur, bah finalement on n'y comprend pas grande chose à cette scène de guerre.

Eh oui, on ne sait pas qui les attaque (même si l'on s'en doute évidemment), on ne voit pas un seul visage ennemi, seulement des étincelles, on entend pas une seule parole mais bien quelques coups de feu très intermittents. Une nouvelle fois, elle est là la réussite du film: pouvoir retranscrire cette ambiance d'un genre classique du cinéma d'une façon très réaliste finalement. Et le beau en art, c'est rien d'autre que le réel, le vrai.

Alors au final, comme nos personnages roux et brun à la fin du film, il ne nous reste plus qu'à admirer la beauté de ces hommes qui vont mourir (si ce n'est pas déjà le cas), dans ce froid glacial et l'indifférence la plus totale au ban de la civilisation. Et une fois encore, la guerre ce n'est pas la gloire, mais c'est bien tout cela.

MehdiduBurundi
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le 16 févr. 2025

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Mehdi T

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