J’aime mon Australie fantasmée, celle que je foulerai un jour de mon pas émerveillé. Ce territoire singulier qui, au premier abord, pourrait donner l’impression de t’en vouloir personnellement. Dès les premières minutes sur son sol aride, on risque de croiser quelques-uns des représentants d’une faune relativement fournie dont la curiosité culinaire est parfois pour hérisser la pilosité même des plus téméraires.
Les serpents, en masse, sont tous au moins terriblement dangereux et prêts à tester la résistance de vos chairs avec les hameçons qui leur servent de crocs, sauf, bien évidemment quand ils ne sont pas morts, piégés dans la toile d’une araignée géante. Les arachnides pleuvent par milliers là-bas d’ailleurs, littéralement. Les sangliers semblent descendre du rhinocéros, en plus agressif, les kangourous boxent et les eucalyptus cachent des koalas mangeurs d’homme. Au milieu de tout ça, nous avons le crocodile et pas des moindres. On parle ici du crocodile marin, celui qui fait bien ses 7 mètres et qui souvent remonte les cours d’eau pour s’enfoncer dans les terres désolées et antédiluviennes de ce qui semble le plus proche avatar de Skull Island.
Le crocodile, en plus d’être une passion personnelle, je n’vais pas m’essayer à cacher ça, est certainement l’un des plus beaux et illustres symboles de ces terres balafrées. A l’image de contrées striées par le temps, jonchées d’étendues sableuses et balayées par les humeurs d’Éole, s’étendant à perte de vue vers une brume de poussière ocre comme la trace oubliée d’un monde directement enfanté par le giron grouillant d’un mésozoïque tardif, le crocodile est une relique d’un autre âge, vestige crevassé sinnuant insidieusement sous les voûtes herbeuses. Le crocodile est une des plus belles ruines de ce monde, traînant sur sa parure les ornements érodés d’un temps oublié.
Et donc Dark Age c’est tout ça. C’est l’Australie, dans une générosité de décors envoûtants, du désert de sable aux marécages boueux. Les étendues d’eau et les troupeaux qui s’ébrouent en beuglant. Et c’est les crocodiles. Ces animaux qui, sans grande surprise, on très souvent été vénérés, entrevus comme des figures divines puissantes, sages et indestructibles. Là où la surprise survient par contre, c’est qu’on montre bien ce “détail” ici, l’homme blanc désireux de buter le gros reptile un petit peu trop gastronome devant se confronter à l’indigène idolâtrant sa divinité. Oh rien de très original non plus hein, on est surtout surpris par le soin apporté à la majeure partie du film, s’attardant à dépeindre une suite de scènes s’enfonçant dans l’obscurité des méandres australiens, dans l’eau et la boue, là où chaque clapotis sonne comme la cloche d’un potentiel dîner.
C’est bon de tomber sur un film de croco qui sache honorer son sujet et son genre, devenant la bonne petite série B tout à fait sympathique et hors du commun dans une époque où le schéma classique du genre avait déjà été bien instauré et répété. On trouve quelques surprises dans ce truc. Et puis on se laisse tellement porter par ces paysages de dingue et les quelques plans de ces bestiaux au naturel (évidemment agrémentés des gros truc en caoutchouc plus conventionnels). Un monde où chaque coin de terre s’enracine comme une cicatrice éternelle, parcourue par des créatures témoins d’époques reculées qu’on ne peut qu’imaginer.
J’viens d’apprendre que Tarantino (il paraît que beaucoup d’entre vous sont fan de ce type) avait aimé ce film et fait en sorte qu’il soit davantage diffusé (ou un truc comme ça). Moi j’en ai rien à branler mais ça peut intéresser des gens peut être (souvent vous rajoutez des points aux films qui ont été promus par vos idoles).
(sinon j’ai mis du temps à trouver ce film donc j’ai pas attendu d’avoir de sous-titres pour le lancer, mais j’pense que ça parle quand même d’un gros reptile qui mange des gens)