J'aime beaucoup cette multiplication de films de guerre venant de pays aussi variés que la Finlande, l'Estonie ou la Hongrie évoquant, avec beaucoup de fidélité aux détails historiques, des éléments obscurs de l'histoire récente.
Ici, il s'agit du long périple qu'ont vécu les soldats Français en garnison en Indochine à travers la jungle lorsque les Japonais, qui occupaient le pays depuis 1940, ont décidé de liquider le gouvernement local et les garnisons françaises. Des soldats qui devaient fuir jusqu'en Chine, à travers un pays dépourvu de routes et d'infrastructures, très peu habité.
La défaite de la France en 1940 réveille les appétits concernant l'Indochine. C'est d'abord le Japon qui envahit le nord du pays, en septembre 1940, dans le but d'empêcher le ravitaillement de la Chine nationaliste de Chang-Kaï-Chek par le sud contre laquelle il est en guerre depuis 1937 ; l'opération s'inscrit dans l'invasion navale du Guangxi, devant envelopper la Chine par le sud. Quelques combats ont lieu puis le gouvernement local se soumet au Japon, qui occupe l'ensemble de la colonie. Le mois suivant, la Thaïlande envahit l'Indochine pour récupérer des territoires qu'elle juge siens. L'opération est un échec patent ; c'est le Japon qui arbitre la paix, cédant des territoires indochinois contre un alignement de la Thaïlande sur le Japon, qui prépare son invasion de la Birmanie.
En 1945, l'Indochine est le dernier vestige de la France vichyste, l'amiral Decoux, responsable de l'administration coloniale, était en outre un fervent partisan de la Révolution nationale qui collabora avec les Japonais dans l'espoir de renforcer la réforme de la société exigée par Pétain. Néanmoins, le Gouvernement provisoire de De Gaulle a ses hommes sur place et projette, contre la volonté des Etats-Unis, d'envoyer un corps expéditionnaire libérer l'Indochine de l'occupation du Japon et mater les premières insurrections nationalistes. Les Japonais, quant à eux, craignent que les Américains débarquent en Indochine. Pour parer à tout danger, le Japon achemine des renforts sur place puis décide de renverser le régime colonial et d'anéantir les garnisons françaises.
Le 9 mars 1945, l'opération débute, aboutissant à de véritables massacres. Les Français décident donc d'évacuer le pays et de rejoindre la Chine de Tchang-Kaï-Chek au nord, devant se frayer un chemin à travers les montagnes et la jungle, dans un pays à peu près vierge.
Même si le film prétend d'emblée raconter l'histoire vraie du 5e Régiment Etranger d'Infanterie, appartenant à la Légion Etrangère, il s'agit en réalité d'une adaptation d'un roman, Les Chiens jaunes.
Le film commence in medias res sur le départ d'une section du 5e REI de 19 hommes stationnés dans un campement sanitaire pour les hommes inaptes au combat (blessés et malades). Le réalisateur a décidé de faire jouer les soldats par des acteurs étrangers, ce qui donne une touche bienvenue de réalisme : tel acteur italien joue un soldat italien, tel acteur polonais, un polonais, parlant tous dans un français assez approximatif, avec un fort accent. C'est ça, la Légion ! En plus de l'alcoolisme notoire et de la consommation de drogues... Ces hommes, d'emblée mal en point, doivent traverser 200 kilomètres de jungle à pied, avec pour tout ravitaillement ce que peuvent porter deux mules, pour rejoindre la Chine, les Japonais à leurs trousses.
Perdus dans l'immensité de la nature sauvage, ce film évoque bien évidemment La 317e section ; Jacques Perrin, l'un des acteurs principaux de ce grand film de guerre français ayant inspiré tout le cinéma américain sur la guerre du Viet Nam (Platoon en est une pâle copie), est en fait à l'origine du projet. Après avoir découvert des films d'époque montrant ces évènements, il commença à écrire un scénario qu'il proposa au réalisateur, David Oelhoffen, reprenant volontairement les thèmes de la 317e section, film qui n'a cessé de le fasciner. Il est cependant mort avant la fin du tournage.
Comme dans le film de Schoendorffer, la nature est immense, omniprésente, les soldats perdus en son sein. La photographie insiste sur les jaunes qui soulignent l'uniforme marron clair, tirant vers le jaune, des légionnaires. La pluie bat continuellement. Les visages se tirent, les barbes poussent, les soldats, affaiblis par la faim — les Japonais, comme ce fut le cas durant tout le conflit, subissant une logistique défaillante, sont contraints de vivre sur le pays, et donc, comme à leur habitude, pillent tous les villages sur leur route —, meurent les uns après les autres de causes diverses : combats, maladies...
Les quelques combats sont bien filmés et plutôt réalistes. L'équipe est encadrée par un ancien légionnaire qui finit par endosser lui-même le rôle d'un des soldats. Il a conseillé de faire suivre aux acteurs un entraînement militaire en Guyane, dédié au combat en forêt tropicale. Les moyens sont là ! Le scénario reste cependant à la mesure de ce que permet le budget, et ce pour le mieux, le réalisateur évitant d'en rajouter quitte à faire perdre au film sa crédibilité (cf. les chars improvisés en carton dans certains films des années 50-70). Il ne reste donc qu'au réalisateur de tirer le meilleur de ce qu'il a, ce qui est plutôt réussi. Et on apprécie de voir à la fin des soldats chinois avec un uniforme et des armes crédibles !