Exit George Lazenby qui a incarné Bond dans Au service secret de Sa Majesté, (alors qu'il n'a pas démérité, moi je le trouve très correct, au contraire de beaucoup de fans), on rappelle Sean Connery qui avait pourtant juré qu'on ne l'y reprendrait plus après On ne vit que deux fois, mais Broccoli a déroulé son carnet de chèque et il s'est laissé convaincre. 4 ans ont passé et on voit que Sean n'a plus la même forme, sa silhouette s'est légèrement épaissie, mais il retrouve cependant les automatismes du rôle. Jusqu'à présent, ce Bond me convenait et j'avais noté 7, mais revu dernièrement, je baisse d'1 point pour différentes raisons.
Ce qui aurait pu être un retour en force du "vrai et unique James Bond" selon moi, se transforme en vérité en un pétard mouillé, c'est un film un peu bancal, imparfait et un peu foutraque, avec une succession de scènes relevant plus du feuilleton policier moyen que de l'univers de Fleming. L'action se déroulant principalement aux Etats-Unis, il avait été envisagé d'engager un acteur américain, tels Burt Reynolds ou John Gavin, mais heureusement Sean revient grâce à un confortable cachet de plus d'1 million de livres, avec rallonge par jours supplémentaires et un pourcentage sur recettes, il fallait redorer le prestige du demi-échec financier du film avec Lazenby. Mais comme je le disais, le film n'est pas à la hauteur des premiers Bond avec Sean, il a l'air de ne pas y croire lui-même ; grâce à une perruque peu seyante, il sauve le film de l'ennui de justesse même s'il n'arrive pas totalement à faire oublier une certaine médiocrité.
C'est quand même étonnant de la part du réalisateur Guy Hamilton qui avait si brillamment réalisé Goldfinger et qui se trouvait donc en terrain connu, mais sa mise en scène est loin d'être inventive. Le scénario de Richard Maibaum est trop fantoche, manque de cohérence et s'englue dans des non-sens dûs aux trop nombreux remaniements, c'est encore une banale histoire de chantage à la Terre entière par un fou à la folie explosive, autour d'une contrebande de diamants. Et surtout, il fait de Blofeld un criminel très ordinaire et vaguement paillard qui n'hésite pas à pointer "le joli petit cul" de Tiffany Case. C'est dommage pour l'acteur Charles Gray qui est un bon acteur mais à qui on a dû dire de faire des trucs contre sa volonté. Même Ken Adam le superviseur artistique, manque un peu de délire imaginatif (on se rappelle du faux volcan dans On ne vit que deux fois), il ne livre ici qu'un appartement surréaliste pour Blofeld, c'est bien peu.
Du coup, il reste la chanson "Diamonds are forever" par Shirley Bassey rappelée elle aussi, qui avait déjà chanté "Goldfinger", et les personnages les plus bondiens sont la paire de tueurs aux moeurs déviantes, Mr Kidd et Mr Wint, qui sèment la mort d'un pas tranquille. Jill Saint-John porte le bikini aussi bien que Ursula Andress mais reste une Bond girl peu mémorable. Quelques scènes sont quand même jouissives, comme la scène du pré-générique, le générique signé une fois de plus Maurice Binder, la bagarre dans l'ascenseur entre Bond et Peter Franks, l'un des tueurs du SPECTRE, la scène du crematorium, la poursuite en voiture dans Las Vegas... et 2 ou 3 vannes typiques de Bond, comme celle où il sort d'un pipe-line en déclamant avec un détachement très british : J'étais parti promener mon rat, et je me suis perdu en route.
Sinon, le film s'étire comme un chewing-gum pour aboutir à cette scène mal foutue de la plate-forme pétrolière, et il finit donc 17ème de mon Top Bondien. Il y a pire derrière c'est clair, mais il y avait bien mieux avant. Bref, ça me désole parce que c'est le dernier Bond avec Sean, d'où peut-être mon indulgence à ne pas noter plus bas, et dans l'ombre, Roger Moore attend son tour, tandis que Sean apprendra un peu plus tard à ne plus jamais dire jamais.