Si le film s'inspire des films noirs hollywoodiens, ce qui intéresse le plus Fassbinder, ce sont ses personnages et leurs émois. Il y a une vraie mélancolie dans l'ADN de ce film et pourtant, le réalisateur nous dresse une valse de pantins, voir de vivants déjà morts.
Ils errent d'une scène à l'autre. Même si "Les Dieux de la peste" se présente comme la suite logique de "L'amour est plus froid que la mort", le film peut s'incarner comme une introduction à l'univers de Fassbinder, une porte d'entrée plus consensuelle et universelle que ces précédentes oeuvres, véritable critique du genre dont elles s'inspirent.
La technique est irréprochable comme toujours. Les plans sont travaillés à la perfection. Le noir et blanc confère une atmosphère semi-expressionniste, on pourrait même y déceler ce visuel iconique Almodovarien lorsque Franz s'assied près de Marga qui a affiché sur son mur un grand poster d'une femme lui ressemblant. Comment ne pas penser à "Tout sur ma mère" ? Ou dans l'autre sens, comment ne pas voir un clin d'oeil du célèbre "Jules et Jim" de Truffaut, dans la représentation du trio Franz, Marga et Günther ? Fassbinder s'inspire comme il influencerait à son tour.
Ce n'est pas pour rien qu'on le souligne, resouligne et souligne toujours, mais Fassbinder est bien le digne héritier européen et germanique de Douglas Sirk, tout en s'affranchissant pour s'émanciper et se singulariser. Ici, ce qui l'intéresse ce n'est pas l'après-guerre, la géopolitique du pays ou les scènes archétypes du genre "Gangster" ou "Film Noir". C'est L'âme humaine, perdue, désœuvrées, attendant sans attendre. D'où la lenteur, le lancinant des scènes s'alternant progressivement. Ce que nous offre principalement le film ? : Un bal d'âmes perdues.