"Dans la boîte a musique, un petit ressort s'est cassé".

J’ai décidé d’assumer le fait de ne pas avoir aimé Les Enfants du Paradis, avec un raisonnable 5/10. J’avoue être complètement passé à côté des atouts de cette œuvre, je l’ai pourtant regardé avec beaucoup d’intérêt, je suis conscient qu’il s’agit d’un monument du cinéma français, et je suis même allé, après visionnage, lire les critiques les plus élogieuses pour comprendre ce à côté de quoi j’étais passé, mais rien n’y fait, mon avis n’a pas changé, je n’ai pas été conquis, et je le déplore presque.


Pour commencer, le film m’a fait penser à Autant en emporte le vent, dans le fond comme dans la forme (je ne sais pas si la comparaison est bienvenue, mais c’est en tout cas l’impression que j’ai eue, à tort ou à raison). Un peu comme si l’intention sous-jacente de l’œuvre était de ressembler au chef d’œuvre américain et de l'égaler, mais à mes yeux l’objectif est loin d’être atteint.


Je n’ai pas aimé le ton et l’ambiance globale du spectacle, les acteurs jouent comme au théâtre, dans une exubérance qui dégueule à chaque instant, l’histoire pousse le mélodrame à l’excès, un vrai film de bonnes femmes, et les dialogues et le ton sont souvent en désaccord avec la logique et la crédibilité.


Par ailleurs, la plupart des acteurs ne sont pas convaincants. Le duo d’amour Claire Reine et Baptiste ne fonctionne pas du tout, je veux dire par là qu’il ne convainc pas. Il faut dire que lorsque je vois le personnage de Baptiste, je pense à un jeune et vilain homosexuel refoulé, coincé dans son métier d’artiste, plutôt qu'à ce jeune homme séduisant qui tombe éperdument amoureux de cette femme étrange que l’histoire essaie de nous vendre. Comprenez bien que je n’affirme pas que Jean-Louis Barrault est gay, d’ailleurs c’est un détail dont je me fous pas mal, mais son interprétation efféminée et délicate me parait en complet décalage avec le personnage qu’il est censé incarner. En d’autres mots, je trouve son jeu peu crédible et même grotesque. Arletty est une immense artiste, mais elle m’a laissé absolument indifférent, pire encore, j’ai trouvé son accent parisien risible et rédhibitoire. Au risque de me faire insulter, je dois dire que je ne lui trouve pas de talent particulier, peut-être dans la chanson, mais en tant qu’actrice je la trouve froide et vide, usant toujours des mêmes expressions, peu importe le contexte, pas de quoi se taper le cul par terre en tout cas. Marcel Herrand, lui aussi, ne convainc pas dans son rôle d’assassin à deux balles, ses apparitions et ses actions sont absurdes, une médiocrité que l’on doit tant à l’idiotie de certaines scènes qu’à ses cheveux bouclés plaqués sur son front. Pierre Brasseur est un peu (beaucoup) stéréotypé. Je dois dire qu’il a vite fait de m’agacer, et pas qu’un peu. Enfin, Maria Casarès (Nathalie), fort heureusement, remonte le niveau admirablement, avec la plus belle performance du film, même si elle aura tendance à jouer toujours la même émotion (mais ce n’est pas elle qui a écrit le scénario donc on le lui pardonne), malheureusement, elle aussi à tendance à surjouer, un constat global qui devient vite envahissant.


L’histoire… (aïe, aïe, aïe, je vais me faire allumer) que l’on doit à Jacques Prévert, s’inscrit dans le réalisme poétique (je dirais plus poétique que réaliste), m’a intéressé, puisqu’elle m’a mené jusqu’à sa conclusion, sans trop de difficulté, je l’admets, mais elle m’a surtout beaucoup déçu, à cause de son manque d’intensité, la faiblesse de son intrigue et surtout sa fin d’une fadeur abyssale.


Malheureusement, je crois que je peux dire que je n’aime pas le style Prévert (honte à moi), car j’ai vu deux films pour lesquelles il a écrit le scénario et les dialogues, celui-ci et Le Roi et l’oiseau, et l’un comme l’autre m’a laissé perplexe et pratiquement indifférent. Est-ce que cela veut dire que je suis un insensible ou un idiot ? J’espère que non. Mais ce qui est certain, c’est que les dialogues et l’histoire sont l’aspect que j’ai le moins aimé de cette œuvre, et donc j’en conclus que je n’apprécie pas le style de Prévert, eh oui, j’en suis le premier étonné.


Dans les grandes lignes, la mise en abyme du monde du spectacle est la particularité du film qui m’a le plus intéressé. J’ai aussi apprécié les scènes de pantomimes, très réussis. En revanche, j’étais au bord de l’overdose de ce mélodrame exacerbé. L’histoire de ces triangles, que dis-je… de ces carrés, ou plutôt de ces octogones amoureux m’a vraiment gonflé. Par ailleurs, ces scènes où les hommes n’ont de cesses de lancer des duels à mort à leurs rivaux m’ont paru d’un ridicule incroyable. Toutes les interactions sonnent faux et manquent de naturel. Au bout du compte, aucun des personnages ne m’a paru sympathique. Je n’ai pas été investi dans ce spectacle, je suis resté pour ainsi dire, sur le bas-côté, à regarder défiler ce chef d’œuvre du réalisme poétique, sans trouver réellement les raisons qui lui valaient ce titre.

Casse-Bonbon

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