Les Enfants du temps, première oeuvre de Makoto Shinkai que je vois. Je ne saurai donc pas le situer dans sa filmographie et peut-être même que mon regard sur ce film évoluera après avoir visionné les précédents.
La première chose qui me frappe c'est la verticalité. Du début à la fin tout est pensé verticalement, du choix du cadre en 1:78 aux multiples sur-cadrages sur les personnages et aux mouvements. En ce qui concerne les mouvements, je fais référence aux plans très esthétisés sur des éléments qui montent ou descendent.
La pluie bien sûr mais également les feux d'artifice, la fumée, l'envol de Hina, la descente des deux personnages, le soleil qui évolue verticalement sur le décor, les buildings...
Il est très tentant de spoiler mais pour délivrer mon ressenti sans gâcher votre expérience je peux aborder le tout début du film.
Un plan sur un personnage de dos, qui regarde à la fenêtre, il pleut sur la vitre ce qui créer un effet de larme sur son reflet. Voila. Un plan qui me permet de développer sur le reste du film. La fenêtre sur-cadre le personnage et l'isole, la pluie (élément important du film) s'écoule verticalement et l'effet de larme nous prépare aux thématiques sérieuses et à l'esthétique poétique du film. La scène est simple, pas si originale que ça mais représente bien la suite.
Autre bonne surprise c'est la gestion du rythme de certaines scènes. Certaines sont construites en plusieurs temps : On montre une scène en forçant le spectateur à être actif et attentif aux décors et aux dialogues pour comprendre la situation, cut, autre scène puis une phrase ayant l'air neutre mais qui fait écho à la situation précédente sur laquelle on enchaîne. C'est assez difficile à décrire mais de cette façon la transition est beaucoup plus douce et on ne perd pas de temps avec des dialogues qui s'étirent (et le temps le film en manque parfois).
Je peux citer la scène entre Suga et sa belle-mère. On comprend qu'il veut voir un proche sans savoir qui et le décor est assez neutre, plus tard une phrase nous annonçant qu'un père aimerait qu'il fasse beau pour passer du temps avec sa fille, et transition immédiate sur Suga avec sa fille dans un jardin. C'est très efficace
Certaines scènes d'action sont totalement décomplexées et peuvent sortir certains spectateurs du film mais pour ma part j'ai trouvé ça assez fun à voir et ces scènes n'étant pas crédibles il est plutôt agréable de les voir tournées en dérision même si cette démarche donne un aspect de facilité au troisième acte.
Certains détails sont agaçants : la voix off qui décrit ce qu'on voit à l'écran, des heureux hasards à certains moments, des personnages pas très malins ou qui changent d'avis bien facilement, le cliché de l'enfant plus sage que les adultes...
Ces éléments sont pour moi des détails et n'occupent pas une grande partie du film.
Si je dois citer un défaut assez significatif pour influencer ma note, ce serait la gestion des intrigues secondaires lors du deuxième acte.
Au début, les personnages sont tous regroupés ce qui permet de suivre le développement de chacun en gardant le point de vue du personnage principal. Mais ensuite les personnages sont amenés à se séparer et le traitement des personnages secondaires devient assez maladroite. Je disais plus tôt que le film manquait de temps, il aurait en effet été intéressant de suivre un peu plus ces personnages avant que la magie du scénario ne les réunissent tous quand on a besoin d'eux. Ils sont développés dans certaines scènes mais elles sont rares et traînent un peu en longueur et casse le rythme en répétant des choses déjà montrées. J'aurai préféré quelques scènes de développement mais plus courtes.
Pour aborder rapidement l'aspect visuel en plus de ce qui a été dit, les décors sont très beaux, certains mouvements rapides sont assez marquants et ambitieux et renforcent la tension comme la contemplation. L'aspect surnaturel de l'histoire manque malheureusement d'un peu d'audace, à part des textures assez neuves, soit l'élément sera intéressant mais pas développé
les poissons d'eau par exemple
soit il sera assez convenu.
Les imperfections des Enfants du Temps peuvent paraître trop nombreuses pour un 8/10, mais la beauté et la poésie qu'il a su dégager, cumulé à un vrai propos et a une réelle identité artistique m'empêchent de regretter cette note.