J'ai toujours eu beaucoup de mal à adhérer à ces téléfilms (même de luxe) ostensiblement adaptés d'un roman plus ou moins célèbre, qui peinent à se détacher du matériau d'origine en insérant de trop nombreux passages en voix off qui donnent l'impression de lire des parties du livre en question. Et même en se focalisant sur le reste, il m'est à de nombreuses reprises difficile de ne pas pouffer de rire devant le ridicule de certaines séquences, dans la façon de dépeindre une relation amoureuse naissante, un acte sexuel, une attirance charnelle, etc. C'est presque de l'ordre du téléfilm érotique par moments, rendant extrêmement difficile l'appropriation du fond du récit. On est en plus de cela en plein dans la caricature du drame familial, avec la matriarche autoritaire qui empêche sa cadette de se marier afin que cette dernière s'occupe de sa mère jusqu'à sa mort. Le film échoue platement dans son effort de rendre compte des traditions du début du siècle passé au Mexique, et tous les sentiments évoqués ici (haine, amour) ne le sont que de manière artificielle ou manichéenne. Même l’émancipation de la fille-prisonnière, à travers la nourriture, ne relève pas d'un intérêt notable. C'est un peu comme "Estomago", un film brésilien abordant une thématique connexe à celle du "Festin de Babette", qui échouait (certes moins que celui-ci) à se faire vraiment subversif. En toile de fond se joue la révolution mexicaine conduite par Pancho Villa, aussi peu engageante ici que les contraintes qui animent le foyer, avec des mariages d'arrangement et des connivences cachées qui peinent à émouvoir et à convaincre. Des gens comparent ce film à l'œuvre de Gabriel Garcia Marquez : mais cette évocation d'un réalisme magique, à travers quelques apparitions fantomatiques (et surtout ratées) de la mère morte ou du pouvoir magique de la cuisinière (des épices et des larmes au effets étonnants), me semble bien fade en comparaison.