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Morgan de toit
J’aime les films de prison. Ce que j’aime c’est ce sentiment assez paradoxal de liberté qui transpire souvent de ces récits. Les petites choses, les petits trésors qui rappellent de façon aussi...
le 12 févr. 2013
Ce doit être mon troisième visionnage de ce film … J'avais été subjugué au premier, lui cochant toutes les qualités pour un chef d'œuvre. Connaissant bien l'histoire, le visionnage de ce soir n'a pas altéré mon enthousiasme. Au contraire, on attend les répliques, les scènes marquantes, les saloperies et les moments magiques, les détails qu'on n'avait pas forcément bien vus précédemment …
L'histoire est inspirée d'un roman de Stephen King "Rita Hayworth et la rédemption de Shawshank" que je ne connais pas. Mais, si j'ai bien compris, il ne s'agirait que d'une nouvelle signifiant que le scénario du film est probablement bien plus développé.
Pourtant, ce n'est qu'un film carcéral où on s'attarde sur quelques prisonniers condamnés à de lourdes peines. Le héros, par exemple, Andy Dufresne, est condamné à deux peines de prison à perpétuité … Quand la première peine est finie (à sa mort, donc, par définition), il doit subir la deuxième. Je plaisante, bien sûr. Je pense qu'il faut comprendre que s'il obtenait une remise de peine, la deuxième peine à perpétuité prendrait le relais (jusqu'à une éventuelle remise de peine ultérieure) ! Mais de toute façon, ça n'a aucune importance puisque, comme lui dit son copain Red, on sait bien que tous les prisonniers sont innocents, que s'ils sont là, "c'est uniquement parce que l'avocat a merdé".
L'univers carcéral … avec un rythme d'une lenteur … Mais c'est incroyable de voir un film aussi lent devenir aussi captivant … C'est qu'on ne s'y ennuie pas le moins du monde à suivre le récit de Red, l'homme capable de dégotter tout ou n'importe quoi, de Rita Hayworth à un petit marteau taille pierres. Une vie des prisonniers fort monotone, rythmée par les exactions des matons et de certains prisonniers. Sans oublier le dirlo dont je ne cesse d'admirer sa foi véritable en Dieu et en la Bible qu'il professe, le salaud. C'est que c'est un honnête homme pieux et méritant, c'te crevure …
Un univers carcéral et paradoxal. Voilà quelque chose d'intéressant et de perturbant. L'effet curieux qu'exercent les murs sur les prisonniers au long terme. C'est une théorie que Red développe prétendant qu'un long séjour (40, 50 ans …) rend les prisonniers "institutionnalisés", suivant son expression. Les murs exercent un effet protecteur sur le prisonnier qui devient inapte à la vie à l'extérieur, à la vie libre …
Tiens, encore un autre sujet de réflexion qui différencie Red d'Andy. C'est la notion d'espoir. Les nombreuses années déjà passées à Shawshank ont fini de persuader Red qu'il faut abandonner toute idée d'espoir, que l'espoir est néfaste, contre-productif. Tandis qu'Andy considère que seul l'espoir peut maintenir en vie. Bon, d'accord, on verra que Red finira par s'en convaincre aussi.
"Les évadés", c'est aussi une succession de scènes magnifiques comme cette scène sur le toit de la prison où Andy, après avoir exercé ses talents de banquier, obtient des bières pour ses codétenus. L'impression d'un instant de liberté, à travers une bière fraiche. Et je repense à cette autre grande scène où Andy squatte le bureau du dirlo et diffuse un extrait du "mariage de Figaro" de Mozart avec le haut-parleur inondant la cour de la prison d'un sublime duo de deux sopranos. La joie que savoure Andy, l'évasion par la musique. Même si ça lui vaut un mois de mitard.
"C'est en prison que la musique a le plus de sens"
Les acteurs sont inoubliables.
Un formidable Morgan Freeman dans le rôle de Red, narrateur et philosophe, spécialisé en science carcérale. Une présence à l'écran inoubliable. Mais, ce n'est pas nouveau chez lui, cette capacité humaniste à dégager de l'empathie, à rechercher le consensus que ce soit en incarnant Mandela ou le flic dans "Seven", sans prétendre faire la liste sans fin de ses rarement anodines prestations.
Et Andy Dufresne, cet ex-banquier, doté d'une double perpétuité ? C'est Tim Robbins, un acteur que je connais moins bien mais qui a souvent des rôles de cadre, d'intellectuel. Là, il fait merveille dans ce rôle en immersion dans un monde inconnu et violent, avec son visage inexpressif et lunaire. Sa satisfaction et le sourire qui l'accompagnent chaque fois qu'il marque un point réjouit le spectateur que je suis.
Bob Gunton, que je ne connais pas bien ou plutôt que je n'ai jamais vraiment remarqué, joue ici le rôle de l'homme détestable dans le personnage du très chrétien directeur, féru de bible mais pourri jusqu'à la moelle. J'adore sa fureur vers la fin quand il se retrouve au pied du mur.
Mais je préfère finir avec le vétéran James Whitmore, rencontré dans plusieurs westerns et films de guerre, qui interprète ici le rôle du vieux prisonnier Brookes, très émouvant dans sa passion des oiseaux et surtout lors de sa libération …
Que dire d'autre de ce film qu'il faut absolument regarder comme une allégorie de la vie carcérale ou d'une intelligente réflexion autour de la privation de liberté, sans se préoccuper des détails de vraisemblance. Oui, on est presque, ici, dans un conte humaniste. Oui, le manichéisme du film est clairement assumé. Ici, c'est sur un tas de fumier qu'on trouvera les plus jolies fleurs. Même si dans la vraie vie, on sait bien qu'on peut faire pousser des fleurs dans de la terre ordinaire…
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le 17 févr. 2026
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