Le 70e festival de Cannes risque de prendre tout le monde de court, à l'image de son étonnant film d'ouverture réalisé par un des plus notoires cinéaste cannois. Arnaud Desplechin livre ici son film le plus singulier et sans doute son plus personnel.
Alors qu'il débute une relation amoureuse avec Sylvia, Ismaël voit sa femme Carlotta qu'il croyait morte ressurgir dans sa vie. Celle-ci, disparut il y a plus de vingt ans, hante depuis lors l'existence de son veuf depuis un portrait qui trône dans son salon. Avoir perdu sa femme au bout de trois ans de mariage, c'est ce qui qualifie encore Ismaël pour ceux qui ne le connaissent pas encore assez. C'est entouré de cette rumeur qu'il fait la rencontre de Sylvia qui s'empresse, d'une inquiétude sertie d'une jalousie certaine, de l'interroger à ce sujet. L'ombre de la jeune femme disparue continue de planer au-dessus du cœur d'Ismaël. Elle sera toujours là sans être là, ajoutant sans cesse une note de contrariété dans une histoire d'amour naissante bien rodée. Et c'est au cours de leur première escapade en amoureux au bord de la mer que l'inquiétude de Sylvia va finir par prendre littéralement forme. Le spectre de Carlotta reprend une forme physique au plus mauvais moment et ressurgit dans la vie d'Ismaël.
Ceux qui s'attendaient à une banale histoire d'amour retrouvé risquent d'être surpris. Car si les visages de Charlotte Gainsbourg et de Marion Cotillard, qui incarnent respectivement Sylvia et Carlotta, trônent en haut de l'affiche, et concentrent toute la bande-annonce, cet épisode dans la vie d'Ismaël ne représente guère plus que le tiers du film. Carlotta (hommage évident à Sueurs Froides) est un des fantômes d'Isamël ressurgit du passé, mais ce n'est pas le seul...
Paul Dédalus, le personnage qui traverse l'oeuvre d'Arnaud Desplechin, est un des fantômes du personnage principal de son nouveau film. Après l'avoir incarné (Comment je me suis disputé... (ma vie sexuelle) ; Trois souvenirs de ma jeunesse) et avoir joué son oncle (Un conte de Noël), Mathieu Amalric se met désormais dans la peau de son frère. Ismaël est un cinéaste qui s'apprête à mettre en image la vie singulière de son frère devenu espion de la DGSE. Le tournage se compliquera dès lors que réapparaîtra dans sa vie sa femme qu'il croyait mort vingt ans plus tôt.


Tourné dans la foulée de son huitième film, Les Fantômes d'Ismaël a des allures de 8½ à plus d'un titre. Difficile de cerner le film, les différentes intriguent s'entrechoquent, certaines semblent abandonnées en cours de route avant de ressurgir de plein pieds dans la narration. Il ne reste finalement que l’errance d'un cinéaste en proie à ce qui ressemble une crise existentielle.
Alors qu'il essaye de comprendre les différences de perspectives entre deux peintures européennes à l'aide d'une multitude de ficelles de couleurs, Ismaël s'interroge sur sa propre perspective, et Desplechin avec lui. Pourquoi continuer à faire des films, pourquoi ne pas tout arrêter ? Que faire lorsque son propre personnage nous dépasse ? Paul Dédalus, de République Tchèque au Turkménistan, a pris son envol. Ismaël arrivera-t-il à lever le mystère de ce personnage indéchiffrable ? Avec son neuvième film, Arnaud Desplechin résoudra-t-il l'énigme qu'il a lui-même inventé, une énigme appelée Paul Dédalus ?

JimAriz
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le 10 juin 2017

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