J’ai enfin réussi à mettre la main sur une version propre de Meet the Feebles. Second film de Peter Jackson, on est encore dans sa phase juvénile, livrant une partition trash des Muppets où tous sont bêtes et méchants, et où explose à l’écran cinquante nuances de fluides immondes.
Ça baise (avec ou sans consentement), ça mutile, ça s’injecte de l'héroïne, ça bouffe dans le fond de la porcelaine… Une cour de récré de l’infâme digéré dans le plus grand irrespect de la bienséance, pour notre plus grand plaisir évidemment. De quoi dépeindre le milieu du showbiz dans son apparat le plus glauque, engoncé dans un milieu urbain qui l’est tout autant. On pourrait crier au cynisme si le projet n’était pas aussi fun et aussi bien travaillé.
Car déjà on repère la maîtrise de la mise en scène de Jackson, qui se permet des plans que le budget hyper étriqué du film devrait normalement interdire. Le tout avec des marionnettes étonnamment qualitatives, démesurément expressives dans leur dégueulassitude. Tout juste peut-on regretter une légère carence dans l’écriture.
Car il y a bien un fil rouge, mais on est réellement face à une succession de saynètes, ce qui peut parfois pêcher sur le rythme. Un artéfact du projet originel qui devait adopter un format sériel, réécrit au dernier moment suite à l’arrivée d’investisseurs japonais (!) sur la production qui poussèrent pour un long métrage. Un tel objet étrange et grivois paraît impensable dans les schémas de fabrication actuels.
L’avantage avec ce genre de casting infect, c’est que les merdes que sont les personnages sont de telles merde qu’on se prend immédiatement d’empathie pour les rares personnages “normaux” en espérant vraiment qu’ils passent entre les balles. A contrario, on ne peut que se réjouir de l’obscène violence qui va s’abattra sur les journalistes mouche à merde, les lapins érotomanes ou autres rats dégoulinants. Et puis il y a cet interlude au Vietnam, moment de bravoure inattendu qui va piocher du côté de chez Cimino et nous fait sortir du théâtre où se déroule la grande majorité de l’action.
Rétrospectivement, la trame de Meet the Feebles fait beaucoup penser à celle du récent Saturday Night, montrant les coulisses d’un show dans ces derniers instants avant le live, avec tout ce que cela comprend de montées en tension et d’arrachage de cheveux. Sauf que là, tout se déroule de la pire des manières, pour notre plus grand bonheur régressif. Le final est ainsi une apothéose guerrière et sodomite, une catharsis qui vient appuyer sur la gâchette de tous les fusils de Tchekhov enclenchés pendant toute la durée du film pour défourailler à tout va, littéralement.
Et rien que pour ces vingt dernières minutes, cela vaut le coup.