Avec Meet the Feebles, Peter Jackson défonce l’imaginaire du divertissement pour enfants. Car sous la peluche, il y a les dents. Ici, un show télévisé peuplé de marionnettes animales devient le condensé de la perversion. Mais le film ne se contente pas d’inverser l’innocence façon The Muppet Show. Il suggère plutôt que la violence était déjà là, tapie sous les projecteurs.
Le geste est formel avant d’être moral. Les puppets restent des figures textiles, rondes, enfantines. Jackson refuse de les “humaniser”. Il injecte au contraire dans ces corps inoffensifs une sexualité brutale et des névroses adultes. Le choc naît de cette incompatibilité maintenue. La matière suinte, vomit, saigne. L’artifice devient organique. C'est littéralement dégueulasse.
Le décor clos du plateau renforce l’asphyxie. Peu d'extérieur, aucun horizon. Les personnages n’existent que pour performer. L’identité est masque, la voix caricaturale fissure la peluche. La narration avance par implosion : humiliations accumulées, tensions saturées, jusqu’à l’explosion armée finale.
L’esthétique criarde, le mauvais goût revendiqué, empêchent toute distance confortable. On rit à pleines dents. Jackson ne théorise pas la transgression, il la met en pratique. Et derrière l’excès punk, ne demeure que le rire et le dégoût.