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Ce documentaire de 1h30 est réalisé par Mona Achache et Patricia Tourancheau, journaliste à la rubrique police-justice de Libération pendant vingt-neuf ans, autrice d’un livre de référence sur l’affaire du tueur de l’Est parisien (« Guy Georges : la traque »), qu’elle a couverte tout au long des années 1990. Il retrace l’affaire Guy Georges mais de façon originale car il se concentre sur les victimes de l’assassin en leur redonnant un visage, une famille et les personnes interviewées sont les femmes qui se sont retrouvées liées à l’affaire ; il adopte donc le regard des femmes qui ont vécu au plus près l’affaire, ont œuvré pour la vérité et en sont restées marquées à vie. L’affaire est connue, ayant même donné lieu à un très bon film, efficace et minutieux ( «L’Affaire SK1 », de Frédéric Tellier, également inspiré par le livre de Patricia Tourancheau) et à un excellent numéro de « Faites entrer l’accusé » de 2004 présenté par Christophe Hondelatte. Le seul homme dont on entend la voix est le Dr Pascal, le 1er à avoir identifié l’ADN de Guy Georges. La 1ère partie de ce documentaire est consacrée à la traque du tueur. Martine Monteil, alors patronne de la Brigade criminelle, raconte l’enquête et la traque du violeur et tueur de sept jeunes femmes, de 1991 à 1998. Et rien ne sonne comme une froide analyse policière : la vision effroyable des scènes de crime ; les dossiers qui s’empilent sur son bureau et transforment le quotidien en course contre la montre...Avec un franc-parler plein de détermination et d’humanité car elle en fait une affaire personnelle, elle démêle un écheveau de malchances (la mort de Lady Di qui monopolise les forces de police en 1997 ; Guy Georges avait déjà été arrêté en 1995…), de fausses pistes, de recoupements tardifs, de dysfonctionnements révoltants.

Tous ces dysfonctionnements sont également soulignés par Patricia Tourancheau. La police dispose d’un ADN mais n’a aucun moyen de l’exploiter car à l’époque, il n’existe pas de fichier d’empreintes génétiques. Deux autres jeunes femmes seront encore tuées avant l’identification et l’arrestation de Guy Georges, en mars 1998. La colère qui fut alors celle d’Anne Gautier, mère d’Hélène Frinking, violée et assassinée en 1995, a laissé place à une parole apaisée et presque lumineuse. Cette femme évoque bien sûr son deuil et la souffrance mais aussi sa volonté de comprendre, refusant de laisser la haine gagner. Son discours est bouleversant et en même temps plein d’humanité. Ne voulant pas assister au procès, elle écrira à Guy Georges après sa condamnation et ce dernier lui répondra dans une longue lettre. La 2nde partie porte sur le procès et l’excellente idée est d’avoir réuni dans la salle de la cour d’assises de Paris où le procès avait eu lieu, Solange Doumic, avocate de la partie civile, et Frédérique Pons, avocate de la défense (aux côtés d’Alex Ursulet) se font face dans la salle. Pendant ce temps, Patricia Tourancheau est dans la salle à la place qu’elle occupait avec les cahiers qu’elle remplissait de notes sur les genoux. Contre toute attente, cette réalisation donne des scènes poignantes comme lorsque Solange Doumic se lève pour « rejouer » une de ses interventions, moment de bascule du procès qui brisa la stratégie de défense de Guy Georges, ce dernier avouant les meurtres dans un accès de colère subite, montrant alors son vrai visage et que Frédérique Pons explique que c’est là qu’elle s’est mise à pleurer. Mais son avocate malgré tout a tenu à plaider. Un moment extrêmement fort et bouleversant. L’émotion se mêle ici à l’horreur. Dans le genre du documentaire criminel dont Netflix est spécialiste (parfois pour le pire malheureusement), celui-ci est une vraie réussite.

JOE-ROBERTS
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le 15 août 2025

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