Elles sont rares les incursions dans le cinéma italien de la première moitié du XXe siècle, par des cinéastes antérieurs à Visconti, Fellini, De Sica, Rossellini, etc. Il y a en tous cas un parallèle à tracer entre ce film de Mario Camerini "Les Fiancés" ("I promessi sposi" en version originale, 1941, à ne pas confondre avec le film homonyme d'Ermanno Olmi) et le cinéma traditionnel français de la même époque, celui que la Nouvelle Vague entendait révolutionner, car on retrouve la même application, esthétique et scénaristique, et la même dimension scolaire pour mettre en scène — ici pour retracer un bout de l'histoire italienne perdue quelque part au XVIIe siècle, entre 1628 et 1630, au temps de la domination espagnole en en Lombardie.
Il s'agit en réalité de l'adaptation d'un grand classique de la littérature italienne d'Alessandro Manzoni, souvent comparé au "Guerre et Paix" côté russe et au "Gone With The Wind" côté américain. L'introduction pose les rails d'une romance contrariée très classique, deux fiancés qui se retrouvent interdits de mariage et séparés à cause d'un puissant seigneur local opposé à leur union — faut dire qu'il a des vues sur cette dame et qu'il a les moyens de faire pression sur à peu près n'importe qui. Le couple sera à ce titre confronté à une série ininterrompue de drames plus ou moins importants, dans une ambiance qui se tient moyennement dans la première partie avant de glisser vers le mélodrame à composante religieuse vraiment très lourd dans la seconde. C'est un peu du soap opera catholique sur la fin, avec exhibition forcée d'une palette d'émotions très surannées touchant à la contrition et au remords très très profond.
Dommage que le film tourne ainsi au désuet car le contexte historique largement méconnu (enfin, de moi a minima) donne envie d'approfondir le sujet, par exemple sur la grande peste de Milan ou la religieuse de Monza.