Attention, le texte ci-après comporte des éléments de nature à divulguer peu ou prou l'intrigue.

Le titre original du film d'Alfonso Cuarón, adapté du roman éponyme de PD James, est traduit en français par un énigmatique "les fils de l'homme", où l'homme est au singulier et où les enfants sont ramenés, finalement, à des garçons. Je m'y perds d'autant plus en conjectures qu'on ne retrouve rien dans le film qui justifie cette nuance. Sauf si le distributeur a voulu glisser dans ce titre une allusion chrétienne, un jeu de mots, avec "le fils de l'homme", ce qui me paraitrait inapproprié ici.

Autre généralité, ne connaissant pas le roman ni son auteure, d'ailleurs, je ne saurai pas dire si le film est fidèle ou pas.

Le sujet de cette dystopie est par contre tout à fait passionnant. L'action se passe en 2027 (pour un livre écrit en 1992 ou un film sorti en 2006). Et l'humanité n'a pas vu la moindre naissance depuis 18 ans soit en 2009. Pire, le dernier-né, si je puis dire, vient de se faire buter, à l'âge de 18 ans, donc, dans une bête bagarre faisant le titre de tous les journaux télévisés et alimentant le désespoir et le désarroi de toute la population qui pleure ce nouveau malheur. Ce que j'imagine très bien.

En revanche, la ville (le pays, monde peut-être aussi ?) semble en ébullition permanente dans une chasse aux immigrés ultra-violente où ceux qui sont pris sont malmenés, parqués, torturés, fusillés, plus si affinités, comme on dit … Le gouvernement, plutôt du genre dictatorial, dont le but semblerait de ne protéger qu'une classe aisée, lutte contre des groupuscules terroristes, armés, très violents, s'opposant aux lois anti-immigratoires.

À la tête de ces groupuscules, une femme Julian (Julianne Moore), ex-femme de Théo entreprend de protéger Kee (Clare-Hope Ashitey), une jeune femme (réfugiée africaine …) enceinte … Pour ce faire, elle demande à Théo (Clive Owen), ancien activiste qui a abandonné le combat, d'assurer son transfert pour la sortir du pays et l'envoyer dans un lieu sûr (aux Açores) où elle pourra accoucher sans risquer de devenir un produit de propagande pour des gouvernements honnis.

Bon, j'arrête là ma "spoilerie" ou mon "divulgage" (au choix) pour prendre un peu de recul sur ce film que je vois pour la deuxième fois. Certes, le film est intéressant et est traité comme un thriller très angoissant car on est totalement pris par cette histoire où il faut, coûte que coûte, protéger cette femme et son bébé alors que tout le monde semble se battre contre tout le monde. Il y a même des chars d'assaut qui entrent en action. On voit aussi des avions bombarder les villes au loin. Les quartiers où les fuyards (Théo et Kee) se cachent ne sont plus que des champs de ruines parsemés de cadavres.

Et là, je m'interroge sur la pertinence de tout ça. L'humanité est en train de s'éteindre à cause de l'infertilité généralisée des hommes et des femmes. Les gens (enfin, pas tous) pleurent la mort du dernier-né de la civilisation humaine. Et le seul sujet politique du gouvernement serait de développer l'eugénisme dans la société à travers une volonté brutale de lutter contre l'immigration. Bien, enfin, c'est une façon de parler. De même, côté groupuscules activistes, au delà des attentats bien sanglants, le seul souci est d'éviter que le gouvernement puisse s'emparer de la femme (africaine !) féconde afin de l'utiliser à des fins politiques. Mieux, les activistes font prendre des risques inouïs à cette femme. Et comme chez ces activistes, tout le monde n'est pas d'accord sur la façon de faire, ils en viennent même à s'entretuer …

C'est bien là que le bât blesse. La réalisation du film est spectaculaire avec ces longs plans-séquence d'une rare efficacité, de poursuite des véhicules ou caméra sur l'épaule à suivre la fuite très réaliste de nos héros. La BO n'est pas en reste car on y croise de beaux morceaux de musique alternant du rock (King Crimson, Deep Purple, Lennon,…) et des morceaux classiques (Kindertotenlieder de Mahler, …). On en viendrait presqu'à perdre de vue l'enjeu qui est la naissance du bébé et, par conséquent, l'espoir ultime d'une humanité à bout de souffle.

En bref, le film est très bien mis en scène. Mais c'est vraiment dommage que le scénario ne soit guère approfondi que ce soit au niveau des enjeux liés à l'infertilité de l'humanité et à la venue au monde de l'enfant ou au niveau des problèmes sociétaux qui me semblent bien artificiels voire gratuits au regard de la violence développée.


JeanG55
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le 13 mars 2026

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