De la guerre, des combats, des traumatismes et des africains jouant du junbé.

Après La Chambre des Officiers qui se concentrait sur les blessures physiques des soldats de 14-18, notre prof d'histoire nous propose pour bien enfoncer le clou (et pour nous occuper tout en ne se fatiguant pas trop) de nous passer ce film illustrant les blessures psychologiques des combattants. Dans l'ensemble ça fonctionne bien, plus que bien même. L' histoire te montre comment l'enfer de la guerre, l'accumulation des choses monstrueuses que l'on voit chaque jour et que l'on encaisse sans rien dire, ou le devoir militaire qui te transforme peu à peu en une machine à tuer froide et déshumanisée font parfois plus de dégâts qu'une mâchoire cassée.

Le film commence fort, il nous montre directement notre personnage principal en pleine crise de démence, faisant des gestes incompréhensibles et terrifiants, le tout accompagnés de flash back mystérieux. S'en suis un retour dans le passé ou notre dégénéré était un jeune homme charmeur et plein de charisme.
Comment cet homme apparemment saint d'esprit a t-il pu devenir à se point taré ? C'est sur cette question que repose tout le film.

L'intrigue se déroule donc ainsi, alternant passé et présent afin de progressivement comprendre les significations de tous les tics et hallucinations d'Antonin. La photographie extrêmement bien travaillé donne un aspect à la fois réaliste mais sombre, plongant ainsi le spectateur dans un univers éternellement brumeux où règne à jamais la mort et la souffrance. Brumeux comme si les gazes, les coups de fusils et les bombes avaient laissé une trace ineffaçable sur le territoire.
La réalisation est elle aussi fabuleuse, le réalisateur filme toutes les scènes (pourtant très différentes) avec le même soin et jamais de la même manière. Il alterne astucieusement les scènes de dialogues, les crises d'Antonin, un concert improvisé avec des africains défoncés (j'y reviendrais) le tout de la façon la plus classique qui soit, mais sans jamais que cela ne fasse cheap ou grossier. Mais le moment où il montre toute l'envergure de son talent c'est évidemment l'attaque des allemands dans la tranchée, d'une puissance si forte, avec des scènes d'actions simples mais parfaitement maitrisés qu'elle peut se hisser sans problèmes parmi les meilleurs scènes d'action réalisée sous le sol français.

Mais le film n'est pas épargnés de quelques défauts. Premièrement les acteurs. Dans l'ensemble j'ai franchement rien à reprocher à personne. Chacun exécute son rôle de façon tout à fait correct, mais ça aurait pu être mieux. Par exemple Antonin. J'ai entendu dire autour de moi que c'était un super comédien parce qu'il jouait trop bien la folie. Je suis désolé, mais pour moi trembler comme un épileptique, le regard vide et les bras s'agitant dans tous les sens, le tout en faisant une tête de constipé j'appelle plutôt ça jouer le taré de la manière la plus cliché et la plus paresseuse possible. En plus on ne sent jamais la folie le submerger peu à peu, c'est toujours tête normale puis tête de constipé et tremblements pour bien faire comprendre aux spectateurs que cet épisode le traumatise.
Sinon on pourrait aussi regretter que le grand Niels Arestrup (le corse dans Un Prophète et le secrétaire dans Quai D'orsay) ne soit pas plus présent à l'écran.Se payer un acteur de sa trempe et ne pas s'en servir c'est vraiment dommage.

Après il y a aussi quelques éléments du scénario qui m’énerve un peu. Genre on nous fait comprendre qu'après un épisode particulièrement EPROUVANT pour Antonin (ce qui ont vu le film comprendront la blague), ce dernier sombre dans la folie et va alors errer sans but dans la forêt jusqu’à ce que quelqu'un le retrouve avec une longue barbe de 3 ans. Question si le personnage est déjà toc toc à ce moment là comment il a fait pour s'alimenter pendant tout ce temps alors qu'il est incapable de se rendre seul au toilette ? Autre truc dérangeant l'histoire d'amour. Je veux bien que lorsqu'on a subit un choc émotionnel grave, le seul truc qui peut nous rattacher à la vie c'est l'amour, mais j'en ai marre que les scénaristes se sentent obligés d'en mettre absolument partout. Encore si la romance est cohérente et bien écrite, à ce moment là d'accord. Mais là Antonin rencontre une infirmière qu'il ne reverra que 2 fois dans sa vie, qui est censé nous être attachante parce qu'elle a le doigt coupé et comble du comble, amène à un happy end totalement niais et ridicule.
Mais la chose la plus WTF reste cette putain de scène avec des africains qui jouent du junbé l'air complètement défoncé. Sérieusement qu'est ce que c'est que ça ? Je veux dire à quoi sert cette scène franchement, quel sens derrière cela et qui sont ces gens ?????????????

Mais bon le film a tellement de qualités qu'il serait dommage de le flinguer juste pour ça. Un conseil mattez le, ça vous permettra d'enrichir votre culture historique, comprendre la psychologie humaine et surtout de voir un bon film.

Créée

le 14 janv. 2014

Critique lue 978 fois

Alfred Tordu

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