Les Fraises se déroule pour la plus grande partie dans de grandes serres situées au sud de l'Espagne, mais le tournage s'est effectué principalement au Maroc et, vu le propos et les convictions du film, reposant sur des faits réels, l'on comprend aisément pourquoi. Le long métrage de Laïla Marrakchi, qui n'avait plus tourné pour le cinéma depuis une douzaine d'années (Rock the Casbah) traite des saisonnières venues de son pays pour récolter des fraises, dans des conditions déplorables que les travailleurs locaux refusent. Le film nous attache à un groupe de ramasseuses marocaines exploitées et quasiment réduites en esclavage. Cela se passe en Europe et c'est ni plus ni moins une honte, qui semble laisser tout le monde indifférent. Les Fraises commence comme un documentaire et se poursuit comme une sorte de thriller judiciaire. Mais au-delà de la colère sourde de la réalisatrice, qu'elle sait parfaitement transmettre, Laïla Marrakch n'en oublie pas de nous passionner pour le développement d'une histoire portée par ses héroïnes vibrantes et courageuses, travaillant dans des serres amères. Nisrin Erradi, qui joue l'indomptable interprète principale, confirme le talent déjà apprécié dans Adam et Everybody loves Touda, notamment et donne un visage à toutes ces damnées de la terre espagnole.