10
606 critiques
Souvenir d'une vie
Le titre du film est déjà une splendeur à lui seul... Alors, déjà je suis en extase devant Ingrid Thulin de sa première apparition à l'ultime seconde où elle quitte la chambre, d'ailleurs le bon...
le 4 mars 2011
Après son septième sceau, la carrière de Bergman, qui jouit désormais d'une reconnaissance mondiale, aussi bien cinématographique que théâtrale, est à son apogée. Sa vie personnelle, en revanche, est en bataille, tant est si-bien qu'il se considère alors comme étant un échec, en dépit de son éclatante réussite professionnelle.
C'est ainsi que cloué sur son lit d'hôpital, alors qu'il se fait opérer pour des ulcères gastriques dont il se plaignait régulièrement, et se retrouve esseulé et boudé par un environnement social dont il a tout fait pour s'isoler, Bergman écrit le script -évidemment très égotiste- de ce Smultronstället qui lui fera office d'auto-analyse.
On y retrouve évidemment les thèmes de prédilection de Bergman, à savoir la peur de la mort, la religion, la nostalgie envers un état de bonheur perçu comme juvénile et révolu, les tensions sociales et psychologiques qui prennent racine dans les problèmes de communication humaine, et ici plus particulièrement les regrets et les rendez-vous manqués, nourris par une certaine posture -défensive à l'excès- vis à vis de la vie.
Evidemment, Bergman ne fait que se raconter lui-même et ce qu'il confesse ici c'est comment, au final, une nature froide, distante et défiante qui s'est révélée au passage à l'âge adulte, et en réaction à la perte de ses illusions (philosophiques et métaphysiques) infantiles, ne produit en retour que davantage de froideur, de défiance et de déception de façon auto-réalisatrice. C'était déjà le même constat qu'il faisait à l'issue de son premier "gros" (en terme d'importance) film, Sommarlek, et celui-ci reste toujours d'actualité à une période où l'atavisme de Bergman l'a isolé des siens.
L'interprétation de Victor Sjöström (ici Isak Borg, soit I.B., mais aussi Is Borg : la forteresse de glace), pleine de flegme et de dignité, mais régulièrement touchante, donne énormément de force à ce récit halluciné, au fil duquel ce vieux professeur, confronté à sa madeleine de Proust (ici le fameux bosquet de fraises sauvages, représentant récurrent de la symbolique bergmanienne), voyage avec fluidité entre le présent et le passé pour résoudre le mal qui le tiraille en confrontant les vices fondamentaux de sa nature.
Eussent-elles été servies aussi froidement que Såsom i en spegel, Nattvardsgästerna, Tystnaden ou bien d'autres éléments de la filmographie du suédois, ces fraises sauvages auraient pu avoir un goût plus amer. Mais c'est la touchante bienveillance dans laquelle baigne le film, où les petites attentions et regards qui émergent timidement entre cet handicapé du verbe qui cherche maladroitement et peu fructueusement à abattre les remparts qui l'isolent de ses prochains percutent plus que de grandes tirades, qui fait de Smultronstallet un chef d’œuvre.
Sans-doute parce qu'il réussit comme peu d'autres film à retranscrire et rendre intuitive la compréhension des mécanismes psychologiques de l'isolement affectif et social.
Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur.
Créée
le 27 avr. 2019
Critique lue 116 fois
10
606 critiques
Le titre du film est déjà une splendeur à lui seul... Alors, déjà je suis en extase devant Ingrid Thulin de sa première apparition à l'ultime seconde où elle quitte la chambre, d'ailleurs le bon...
le 4 mars 2011
8
895 critiques
Le génie de Bergman se manifeste par bien des aspects et à travers presque tous ses films. A chaque nouvelle expérience, une nouvelle facette de son talent insolent. Dans ces fraises sauvages, deux...
le 1 déc. 2011
8
19 critiques
Les Fraises Sauvages est un film suédois sorti en 1957, écrit et réalisé par Ingmar Bergman déjà connu pour Sourires d'une Nuit d’Été (1955) ainsi que Le Septième Sceau (1957). La veille de son...
le 27 juin 2016
10
54 critiques
(cc critique de La bible) Les bouquins religieux sont l'occasion d'entendre les pires banalités intellectuelles ainsi que les vannes les plus triviales et éculées venant de petits malins...
le 10 juin 2011
10
54 critiques
Troisième opus de son triptyque nihiliste, Tystnaden est une œuvre culte de l'illustre réalisateur Suédois. "Film de chambre" car intimiste, explorant de façon particulièrement poussée et sagace la...
le 30 mai 2011
2
54 critiques
Il y a deux choses que je déteste dans la vie : les écologistes phytophiles mous de la glotte (et du gland), et le climat artistique complètement puéril dans lequel baigne le cinéma, l'aliénant à un...
le 20 mai 2011
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème