S'arrêter aux Colts, aux mustangs et aux mexicains dans les Westerns est souvent une erreur et ce film en est la meilleure illustration.
Comme dans tous les bons Westerns, on retrouve l’esthétique classique qui fonctionne toujours aussi bien : le soleil surplombant, l’horizon vide et hostile, la poussière soulevée par les sabots qui se dépose sur des chemises mouillées par la transpiration.
Pourtant ici, on manie les paradoxes : ce marin qui atterrit dans une région où l’eau est si rare qu’on se bat pour y avoir accès montre par son regard étranger l'absurdité des querelles mutligénérationelles et sanglantes que se livrent deux familles pour cet espace dont on ne fait pourtant que nous montrer et nous raconter sa grandeur. Lui préfère être honnête avec lui même dans cette ville ou la réputation se gagne par la terreur et l'humiliation. Cette figure christique apporte finalement la justice du duel pour mettre fin à la loi du Talion qui règne dans ces espaces et montre qu’une bataille ne vaut d’être menée que par amour.
On perçoit ce que seront Ben-Hur et Lawrence d’Arabie mais dans un format plus digeste (moins de 3h contrairement à ces derniers) et je trouve la hauteur morale du héros moins gênante et plus justifié.
Surtout, la composition est bien menée de bout en bout. Les acteurs jouent tous très bien et avec justesse dans des scènes pourtant compliquées, le thème musical, les couleurs et le cadrage servent le propos général du film, et enfin le scénario prend le temps de développer des enjeux parallèles sans pour autant se perdre. La relation père fils des deux chefs de famille par exemple est très intéressante et bien intégrée alors même qu’elle ne sert pas véritablement à l'intrigue. Ces détails n’en sont que lorsqu’ils sont négiligés. Ici ils servent à former une histoire organique et donc d'autant plus humaine.
C’est donc une histoire sur trois plans : l’histoire personelle du héros avec lui-même et sa droiture morale, l’histoire d’une région en guerre civile, enfin c’est l’histoire de l’Homme, l’Homme qui se déshumanise à force de déshumaniser son ennemi et qui ne peut s'élever que par le respect de l’autre et de la morale qu’il s’est fixé.