Voilà un titre qui connut en son temps un succès d’estime et dont on parle désormais assez peu. Imaginé dans la foulée des Dents de la Mer avec un scénario signé Peter Benchley d’après son propre roman (comme pour le film signé Steven Spielberg), on retrouve quelques éléments semblables aux deux titres. L’océan, bien entendu, en tête, avec de très nombreuses scènes sous-marines, de la même façon que toute la deuxième partie des Dents de la Mer se passait en pleine mer. Là, il n’est question d’un squale passablement irrité (même si une murène et quelques requins participeront à plusieurs péripéties), mais d’un trésor âprement convoité. Au casting, on retrouve le toujours aussi charismatique Robert Shaw qui demeure un loup de mer même si son rôle est celui d’un personnage autrement plus sympathique. Le projet s’enracine autour des mêmes créneaux : de l’aventure, du thriller et de l’action. Cependant, le résultat est beaucoup moins percutant. Les allers-retours entre les scènes de découvertes sous-marines et les recherches sur celles-ci ont tendance, dans la deuxième partie du film, à prendre le pas sur le thriller attendu, à savoir la confrontation des différents protagonistes autour du trésor convoité. De son côté-là, Peter Yates peine à transcender le récit pour en faire quelque chose de plus palpitant. Une fois le mystère de la première heure dévoilé, le script ne parvient pas à trouver un second souffle.
Les séquences sous-marines (trop nombreuses et trop longues) sont pourtant très jolies et parfaitement lisibles mais elles manquent parfois d’enjeux. On comprend cependant bien (et le titre annonce la couleur !) que le film se focalise sur cette belle prouesse. Tourné dans les Bermudes, l’ensemble se caractérise par un réel dépaysement et de belles visites dans les fonds marins à la découverte, notamment, de remarquables poissons aux couleurs extraordinaires. On regrettera d’autant plus que l’ensemble ne réussisse pas entièrement à tenir la distance sur les deux heures au programme. Jacqueline Bisset est, en outre, sublime et Nick Nolte tenait là un de ses premiers rôles avec l’assurance qu’on lui connaît. À la musique, John Barry livre, quant à lui, une partition très bondienne empreinte d’une certaine mélancolie qui donne à l’ensemble une dimension plutôt classieuse. Ces éléments rendent d’autant plus incompréhensibles un final abrupt très hollywoodien dans un récit qui aurait mérité une dramaturgie certainement plus poussée.
Piégé entre la volonté de s’inscrire dans le sillage de ce qu’on appelle désormais le blockbuster et le film raffiné, le résultat manque de personnalité, et c’est bien dommage. Davantage de tension en creusant, notamment, la dimension culturelle des traditions haïtiennes aurait pu servir avantageusement l’ensemble. Il ne faut cependant pas bouder son plaisir devant ce film plaisant réalisé dans un cadre superbe avec une très belle photographie et des acteurs impeccables. Une chasse au trésor, certes convenue, mais qui demeure agréable plusieurs décennies plus tard grâce au savoir-faire d'un réalisateur qui n'était pas qu'un simple artisan.
6,5