Réalisateur sous-estimé, arrivé dans le game vers la fin du Nouvel Hollywood, Walter Hill est un cinéaste multi-casquette, auteur de nombreux scénarios, et producteur de films devenus souvent cultes. Tout au long de sa fructueuse carrière, il a proposé un cinéma simple et facile d'accès, principalement orienté vers l'action.
Spécialiste du genre, dans ses œuvres (plus où moins réussies) il a toujours fait preuve d'une immense générosité, et d'une honnêteté sans faille. Efficace et audacieux, il a signé quelques chef-d'oeuvres de l'actioner bourrin estampillé "eighties". Car c'est là aussi l'une de ses marques de fabrique : Walter Hill = Gros bourrin.
Sans faire dans la dentelle, il expérimente tout au long de sa carrière les confins de la baston et du gunfight rutilant, dont l'influence sur la manière d'aborder le film d'action est notable. Jusqu'à l'arrivée de John McTiernan à la fin des années 1980, qui révolutionne le genre, à mesure que Walter Hill tombe dans l'oubli.
Auteur de nombreux Westerns, etfortement influencés par ce genre phare du cinéma hollywoodien, tous ses films (sans compter ses Westerns parce que là c'est logique…) en portent les stigmates. "The Warriors" en 1979, son troisième film et son chef-d'œuvre incontesté, peut ainsi être perçu comme la quintessence du Western urbain.
Œuvre anarchique sur l'Anarchie, elle prend place dans un New-York du futur de 1979 (en vrai c'est les années 1980), une aire urbaine en déclin, rongée par la pauvreté et phagocytée par les gangs. Ce postulat de départ, en critique du New-York des seventies (qui était alors la ville la plus dangereuse des États-Unis), se sert en réalité de ce fait avéré comme prétexte pour mettre en scène un film d'action haletant, généreux, et dépourvu de moral.
"I'll shove that bat up your ass, and turn you into a popsicle."
"The Warriors" c'est avant tout ça. De la punchline de bad ass, de la bagarre, des types Bad ass, encore de la bagarre, des meufs Bad ass, toujours de la bagarre et de la BAGARRE. C'est vif, c'est cru, c'est violent, c'est rêche. C'est le summum du film de BAGARRE.
En forme de conte nihiliste, 20 ans avant "Fight Club". (Et 39 ans avant Booba/Kaaris), le récit est servis par un New-York nocturne, devenu le terrain de jeu des gangs, mais aussi celui de Walter Hill. Avec punch, il présente des dizaine de gangs, faisant preuve d'une originalité criante, Basculant parfois aux limites du film d'horreur.
En toile de fond s'affiche ainsi le constat d'une société aliénée, témoin de l'échec du modèle américain, qui en 1979 est éprouvé, et de sa non remise en question. Alors que toute une jeunesse est laissée de côté, abandonnée à la rue où la violence est devenue générique.
La représentation de la police, dernier rempart du maintien d'un semblant de civilisation, est en cela équivoque. Ils sont les garants d'une institution défaillante. À l'instar des gangs, et leurs tenues de ralliement, l'uniforme de la police les fait apparaître au final comme un gang de plus. Défendant eux aussi un territoire, face à une population désœuvrée. Maniant une fois de plus une répression sauvage, et violente. Quand leur rôle est normalement de "Serve and Protect".
Il y a donc bien un constat social qui figure en sous-texte, témoignant d'une réalité qui fait froid dans le dos. À tel point que le film fût déprogrammé, à cause de sa violence, et du fait qu'il attirait de vrais gang au cinéma. Se retrouvant dans la même salle que leurs rivaux, de nombreuses bagarres eurent lieux. Si ça c'est pas de la mise en abîme.
Mais bien au delà de ça, "The Warriors" est une œuvre post-Vietnam (son portrait des Afro-américains nécessiterait une analyse à part entière), et post-Watergate, qui en même temps a déjà vu les excès de l'ère Reagan une décennie en avance. L'ironie voudra que Ronald Reagan soit un admirateur du film… Allant jusqu'à le faire diffuser à Camp David... Je vous laisse juge de cette anecdote.
Avec sa music synth', ses éclairages aux néons, et l'iconisation à outrance des membres de gangs, par une mise en scène qui a un pied dans le cinéma vérité du Nouvel Hollywood, et un autre dans le blockbuster, Walter Hill prémédite ce que sera le cinéma d'action des 80's.
Comme un écho, où un arc temporel, "The Warriors" peut être mis en parallèle avec "Red Heat" près de 10 ans plus tard, en 1988, qui repart dans les bas fond nocturne de New-York. Mais cette fois après 7 ans de présidence Reagan, et des thématiques opposées. Qui proposent une nouvelle vision de l'American Way of Life bien plus polissée. Mais néanmoins critique.
40 ans tout juste après sa sortie, "The Warriors" reste inégalé dans son genre. Avec une iconographie unique, une ambiance au caractère affirmé, des personnages principaux douteux (les "héros" sont les membres d'un gang, coupables de crimes en tout genre) rendus sympathiques, plus des scènes de BAGARRES qui claquent sa mère, et une générosité sans égal dans l'action.
Il demeure ainsi un mètre-étalon du cinéma d'action, qui aujourd'hui encore reste au dessus de la mêlée. À une époque où l'actioner bourrin est de plus en plus rare, il est agréable de se replonger dans une œuvre qui témoigne d'une certaine insouciance et fait preuve d'une candeur virile en toute honnêteté. À l'instar de la filmographie de ce maître incontesté du cinéma bourrin qu'est Walter Hill.
-Stork._