Enzo G. Castellari est un des premiers ritals à s’être lancé dans la mode des films post-apo au début des années 80 et, un an avant Les Nouveaux Barbares (1983) s’inspirant clairement de Mad Max 2, il débarque avec Les Guerriers du Bronx qui, de son côté, va allègrement pomper sur New York 1997 de John Carpenter et Les Guerriers de la Nuit de Walter Hill, avec même quelques éléments de Le Droit de Tuer (The Exterminator en VO) de James Glickenhaus. Oui, apparemment, plus il y a d’inspirations, plus c’est bon. Il y a un certain culte autour des Guerriers du Bronx au point que, en 2004, un site internet dédié au film et à sa suite a vu le jour. Le film, qui a connu une sortie mondiale, a d’ailleurs été un succès à sa sortie, engrangeant 1 200 000 000 lires en Italie, soit trois fois son budget. Une chose est sûre, c’est qu’avec Enzo G. Castellari, on est en général quasi certain d‘avoir un divertissement généreux, et c’est une fois de plus le cas ici.


C’est le producteur Fabrizio De Angelis qui a d’abord envisagé ce film lorsque, en ratant un arrêt de métro pour son hôtel à Manhattan, il s’est retrouvé dans un quartier dangereux dans le Bronx où il s’est fait agressé par un gang armé de couteaux à cran d’arrêt. De Angelis a déclaré qu’il avait imaginé une ville futuriste où de jeunes voyous se battraient pour leur maison. Castellari a modifié certaines des idées de De Angelis pendant le tournage, notamment en incorporant des gangs plus exotiques. Le scénario est ici très simple. Dans le futur, en 1990 (le film a été tourné en 1981), une fille de riche fugue et se réfugie dans la zone de non-droit qu’est devenu le Bronx, une zone où la guerre des gangs fait rage. Sa construction est tout aussi simple, alignant tous les poncifs du genre avec par exemple ces adversaires qui finiront alliés pour lutter contre un ennemi commun. Les Guerriers du Bronx ne brille clairement pas par ce qu’il raconte, mais plutôt dans la manière dont il le raconte, tantôt ringard, tantôt cru, tantôt grinçant, toujours foireux. Ce film est d’un kitch de tous les instants, dans ses costumes, dans ses maquillages, dans ses coiffures, dans sa représentation des gangs, … Ah là là, les gangs, … Déjà, ils étaient parfois un peu kitchos dans Les Guerriers de la Nuit dont il s’inspire beaucoup. Mais ici, entre celui des hockeyeurs à leggings et à patins à roulettes, celui qui semble avoir trop vu des clips des Village People, celui dont les membres ressemblent à des hommes de Neandertal, ou encore celui au maquillage de fête / bâtons de majorettes semblant sortir d’une comédie musicale cheap, c’est juste complètement improbable. Et ça va jusque dans la bande son, assez excellente pour ceux qui aiment ces sonorités du cinéma d’exploitation des années 80, mais qui souvent ne colle clairement pas aux images.


Le jeune Mark Gregory, 17ans, recruté dans une salle de sport, est un piètre acteur, arborant la même expression qu’il soit content, triste, amoureux, énervé ou en deuil. En plus de ça, il semble avoir un balai dans le cul qui lui remonte jusque dans la gorge lorsqu’il marche, lui donnant des allures de robot. Mais son personnage a un look nanar improbable, cheveux longs bouclés, torse musclé, portant un gilet de cuir très ouvert laissant régulièrement apparaitre ses tétons, jean et boite de cuirs jusqu’aux genoux. Une bonne partie du casting est d’ailleurs complètement aux fraises. Mais au milieu de toute cette médiocrité, il y a Vic Morrow, excellent en grand méchant, mais surtout l’inimitable Fred Williamson qui, une fois de plus, avec son jeu poseur tout en exagération, est tout simplement génial avec son look de roi du disco donnant immédiatement le sourire aux lèvres. Il est une fois de plus l’incarnation de la coolitude, semble adorer ça, et il vole la vedette dans toutes les scènes où il apparait. Les Guerriers du Bronx aligne parfois sans honte des scènes d’un tel ridicule qu’il est difficile pour le nanardeur confirmé de ne pas se poiler un minimum devant. Les scènes d’action sont complètement foireuses, les gunfights pachydermiques, et l’ensemble vire parfois au n’importe quoi. Le final du film est tout bonnement improbable. Ce n’importe quoi, il y est tout le long du film. Malgré quelques longueurs lors des scènes d’exposition, avec un Castellari qui s’attarde un peu trop sur des moments qui auraient mérités d’être plus brefs, certaines scènes sont complètement out of this world. On pourra par exemple parler de ce moment où un mec joue de la batterie en plein air alors qu’un autre git, mort, non loin de lui et que ses potes du gang viennent essayer de comprendre. Un moment hors du temps absolument génial (ou complètement à chier, c’est selon). On regrettera que le film soit assez sage sur deux points qui caractérisent le cinéma d’exploitation de cette période, à savoir la nudité et la violence décomplexée.


Film d’exploitation devenu culte au fil du temps, gros succès au box-office rital lors de sa sortie, Les Guerriers du Bronx ravira tous les nanardeurs en manque de ringardise. Un rip-off de Les Guerriers de la Nuit et New-York 1997 de bien belle tenue.


Critique originale avec images et anecdotes : https://www.darksidereviews.com/film-les-guerriers-du-bronx-de-enzo-g-castellari-1982/

cherycok
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le 29 juin 2025

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