En choisissant le registre du conte fantastique contemporain pour son premier long métrage, Ishana Night Shyamalan s’inscrit en digne héritière du cinéma de papa. Elle lui emprunte son humeur, sa musique intérieure, son architecture narrative. Une parenté affichée qui finit par se retourner contre Les Guetteurs.
Les films de M. Night Shyamalan – ses meilleurs – cultivent une apparente rigueur (visuelle, narrative) permettant de maintenir l’illusion dans laquelle ces derniers cherchent à piéger son public. A contrario, celui d’Ishana, en multipliant à l’écran les signes comme des effets de manche, vend trop vite la mèche aux spectateurs qui ne voient dès lors que le procédé narratif à l’œuvre derrière son histoire de loft paumé au milieu des bois. Les Guetteurs ne fait ainsi aucun mystère de son propre mystère, perdant in fine de son pouvoir de fascination.
L’illusion ainsi brisée, l’argument fantastique et psychanalytique du film se retrouve à découvert. Les plans montrant le personnage de Mina (boudeuse Dakota Fanning) se dédoubler à l’image par effet miroir exposent de manière trop littérale le défi que constitue son trauma. Tout est ainsi surligné par la mise en scène et les dialogues. Aucune zone d’ombre ne survit très longtemps avant le dernier acte : l’inévitable épiphanie « shyamalienne » sur laquelle se referme le film empêche d’ailleurs l’emballement émotionnel tant espéré de se produire à l’écran.
Ce qui devait être l’histoire d’une émancipation devient finalement le film d’une aliénation ; celle d’une fille à l’héritage de son père – ici producteur.