Sur le papier et dans les faits, c’est un petit polar sympathique. Mais, ce qui frappe d’emblée, c’est le casting international d’enfer de cette série B italienne. John Cassavetes venu se renflouer pour finaliser ses propres projets, Gena Rowlands (même si elle ne tient qu’un petit rôle), Peter Falk (qui n’est encore ni Columbo ni un ami fidèle de Cassavetes), Britt Ekland ou quelques figures connues du cinéma italien. Rien que pour ses acteurs, le film vaut le coup d’œil car il tient la route. C’est d’ailleurs certainement pour cette raison que le film fut projeté cette année-là à Cannes. Derrière la caméra, Giuliano Montaldo rempile pour la deuxième fois sous le soleil de l’Ouest américain après Le Carnaval des truands réalisé l’année précédente, et embarque avec lui quelques noms prestigieux, à l’image de celui d’Ennio Morricone qui signe la BO. Quasiment oublié aujourd’hui, rien que pour ces différents points, l’ensemble mérite qu’on s’y attarde.
Il incarne aussi parfaitement la transition entre les années 1960 et 1970. Le soleil californien et les couleurs chatoyantes des sixties commencent, en effet, à se ternir. Finies les embrouilles un peu légères qui se règlent à coups de poing, et place à un propos beaucoup plus noir où l’avenir de chacun semble réglé avant même qu’il n’ait pu se débattre. Le film frappe ainsi par sa violence, ses morts nombreuses et son aspect tragique. La mafia est intouchable et qui ose la doubler est promis à une mort certaine. Autrement dit, le ton de l’ensemble est annonciateur du cinéma américain puis européen qui va éclater dans les deux années à venir.
Bien entendu, le résultat est modeste et la réalisation manque cruellement d’un certain souffle qui aurait pu faire basculer le récit dans une belle tragédie. Mais le choix d’un style rythmé et nerveux fait souvent mouche. Là aussi, on s’éloigne de façon évidente du cinéma des années 1960 et de son alternance de scènes d’action spectaculaires et de longues scènes de transition. La narration est plus vive et la perpétuelle recherche d’efficacité clairement identifiable. Même si on aurait pu attendre plus du résultat (le film manque surtout d’intensité et d’épaisseur), la pellicule est sympathique et elle a permis la rencontre entre John Cassavetes et Peter Falk qui n’ont pourtant aucune scène en commune. Rien que pour cela, cette production est estimable.