Les Loups
7.5
Les Loups

Film de Hideo Gosha (1971)

Un film de yakuza comme un film de samouraï, méditatif et cérémoniel avec une action cathartique.

C'est un film de yakuza qui ressemble à un film de samouraï (donc du genre ninkyo eiga, si on veut se repérer dans les genres et sous genres du cinema d'action japonais).

La traduction authentique du titre japonais est "Cérémonie de sortie de prison" et le héros est joué par le grand Tatsuya Nakadai.

A sa libération, il recueille dans ses bras un petit chien perdu et sans défense, et il est plutôt dans cette identification là, tout au contraire du titre français : "Les Loups".

La thématique est intéressante : des yakuzas emprisonnés pour 8 ans sont graciés au bout de 4 ans à cause de la mort de l'empereur et de l'avènement de son successeur. C'est paradoxalement trop tôt pour eux : à leur retour dans le monde, ils ne sont pas prêts pour le changement en cours. Leur milieu est en train d'évoluer en relation avec l'économie et la politique, ce qui fait travailler les relations d'amour, d'amitié, de loyauté, de fidélité et d'honneur. Chez les nouveaux venus dans la hiérarchie, c'est souvent en sens inverse des anciens, ce que découvrent les sortants de prison.

C'est toujours un grand plaisir pour les yeux qu'un film de Hideo Gosha : il y a  une originalité renouvelée dans les scènes de combat, tant par rapport aux autres réalisateurs que par rapport à ses propres films. Les scènes d'amour sont magnifiques, avec un mélange de réalisme cru et de stylisation érotique. La narration est captivante : le montage elliptique et les flashbacks tiennent notre attention en éveil.

Les acteurs sont  de premier plan : avec Nakadaï, dont l' expressivité du regard est une des marques distinctives,  il y a une autre star, Noboru Ando, lui-même un ancien yakuza.

A la fin, il jouera du tambour à sa propre manière, se glissant dans une splendide parade rituelle des citoyens, déployée dans la ville. Il annonce ainsi, de manière cérémonielle, à la fois le sauvetage in extremis du couple de jeunes amoureux qui ont été séparés par les chefs de clan (une manifestation de ce nouveau pouvoir sans foi ni loi) et la perte pour lui-même de son avenir et de sa vie (ayant fait passer un engagement éthique pour respecter l'amour entre deux jeunes avant sa loyauté clanique). 

Quant à Iwawashi, joué par Nakadaï, après avoir été le plus loin et le plus bas possible dans l'acceptation soumise des nouvelles règles, il sera emporté par une colère cathartique, à vrai dire prévisible dès le début.

Ce fut le seul film de Gosha pour  la Toho, le studio roi du japon, car ce fut un echec commercial. Pourtant il fut accueilli dans ce studio pour concurrencer les films de la Toei, où  ce genre là était nombreux et populaire : pour le public d'alors, ce nynkio eiga était trop lent, trop méditatif (avec ses magnifiques scènes au bord de la mer) malgré des scènes d'action époustouflantes.

(Notule de 2020 publiée en Juin 2025).

Michael-Faure
8
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le 22 juin 2025

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