C’est le premier long métrage du Breton Vincent Maël Cardona et le moins que l’on puisse dire c’est que la gestation a été longue. Ce scénario a en effet été entamé en 2010 et a connu de nombreux collaborateurs. Le film nous plonge dans la cambrousse, quelque part dans la diagonale du vide. Là, deux frangins font de la radio dans un grenier. Nous sommes en 1981 et ce qu’ils font est illégal. L’aîné, gouailleur sans limite, tient le micro pour présenter des titres de Marquis de Sade et Joy Division tandis que le cadet bidouille le son et pousse des boutons, bref, il est réalisateur. De toute la bande, seul le plus jeune, Philippe, ne va pas réussir à se faire réformer. Rendu bidasse otage, il sera envoyé à Berlin, loin de sa campagne, du studio, de Marianne, la belle nana qui navigue entre les deux frangins.
On est instantanément happé par l’ambiance de l’aube des 80’s. Fin d’un cycle et début de désillusions, bouillonnement culturel autant que choc des générations. La reconstitution est parfaite, tant dans l’esthétique que dans les enjeux. En soi, c’est déjà un grand bravo. On ressent toute l’énergie et l’avidité d’une jeunesse qui s’emmerde sec et qui ne rêve que de rock anglais et de déglingue nihiliste. C’est donc l’histoire de cette jeunesse qui nous est contée mais c’est aussi un drame individuel intimiste très convaincant par l’écriture assez fine des personnages, en particulier le personnage principal. Le triangle amoureux aux contours flous fonctionne remarquablement. L’atmosphère entre nostalgie et passion contenue pourrait rappeler le travail de Mia Hansen-Love, sur Eden notamment. Mais les moments les plus jouissifs sont probablement les instants de virtuosité de Philippe aux machines en créateur de sons, on ressent toute l’exaltation de ses quelques spectateurs et on applaudi franchement. Pour ce qui est de la mise en scène, la sobriété est de mise, tout comme le réalisme. Quelques belles scènes ça et là ressortent néanmoins (le studio berlinois, la scène d’amour, les trajets en mob). Le seul véritable regret portera sur la fin du film, mal amenée et un peu tarte ou trop lyrique par rapport au propos. On l’oubliera vite pour se délecter du reste … et se plonger à nouveau (encore et toujours) dans la scène anglaise de cette période bénie.