Lorsque le film s'ouvre, une inscription indique que l'on est en 2067. Dans une grande maison blanche, une femme situe le contexte de l'histoire qu'elle s’apprête à raconter : ça s'est passé en 2009, à l'époque elle avait dix ans, l'école, avec son système d'élèves regroupés dans des classes et de professeurs, fonctionnait d'une manière tellement obsolète qu'elle en est presque difficilement compréhensible "aujourd'hui", et elle ne se souvient pas qui était président cette année-là.


Cette introduction, qui lance Les mains en l'air comme un immense flash-back, est assez géniale. Outre le fait qu'elle captive immédiatement l'attention du spectateur, elle place le film sous le prisme d'une mémoire double : celle de l'enfance (sujette à extrapolations, à déformation de la réalité) et celle du temps qui a passé (sujette à l'oubli, aux souvenirs approximatifs). Merveilleuse idée qu'a eu Romain Goupil pour alléger sa critique sociale et politique : si le film est une charge contre le gouvernement de Sarkozy, les quotas d'Hortefeux, le règne de la terreur instauré par un état policier radical, les violences faites aux étrangers en situation irrégulière, il a avant tout la forme d'une comédie pleine de mystère façon La guerre des boutons ou Les disparus de Saint-Agil.


Ce parti pris formel et narratif, intelligent en ce qu'il permet de dénoncer les choses de manière frontale et explicite sans pourtant jamais donner de noms ni tomber dans la lourdeur du pamphlet premier degré, est d'autant plus réussi qu'il est incarné par un casting extraordinaire. Les enfants, véritables héros du film, sont tous plus craquants et criants de naturel les uns que les autres, avec en tête de liste les trois premiers sur l'affiche, complètement irrésistibles. Quand leur petit gang gruge les réponses des devoirs de classe, installe la fameuse sirène anti-jeunes sur leurs portables, se passe des mots d'amour sous les portes ou organise le sauvetage d'une des leurs digne des plus grands films d'évasion, c'est toute la salle qui replonge en enfance, qui s'amuse, qui se révolte et qui s'émeut avec eux.


Rien que pour eux, il faut aller voir Les mains en l'air, une oeuvre qui réussit le miracle d'être profondément engagée et dénonciatrice tout en ayant la légèreté, la drôlerie et l'émotion des grands films avec des petits dedans.

AlexandreAgnes
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le 4 juin 2016

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Alex

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