Suite au succès du Cauchemar de Dracula en 1958, la Hammer décide de produire une suite dont l’élaboration se révélera des plus chaotiques. Entre les hésitations concernant le développement des personnages et la construction du récit, le scénario de ce qui deviendra Les Maîtresses de Dracula manque parfois de clarté, avec des personnages qui disparaissent soudainement et des embranchements narratifs peu fluides.
Toutefois, le réalisateur Terence Fisher parvient, grâce à sa mise en scène, à dépasser ces faiblesses et à livrer l’une des œuvres les plus marquantes de la Hammer. D’abord par la splendeur des décors, d’une beauté exceptionnelle, oscillant entre le château gothique et les granges éclairées à la chandelle. Ensuite par la construction des séquences, dont beaucoup semblent relever du rêve grâce à leur caractère surréaliste et les messages inconscients qu’elles véhiculent. On pense notamment à ce vampire prisonnier dans son château, entravé par une immense chaîne attachée à sa jambe, image évoquant le cordon ombilical et le lien fusionnel qu’il n’a jamais rompu avec sa mère. Ou encore à cette servante qui extrait le vampire de la terre tel un accouchement macabre, agissant comme une sage-femme funèbre.
La folie de ces scènes, leur forte dimension picturale, donne ainsi au film des allures de conte de fées horrifique, un sentiment renforcé par l’héroïne que l’on suit. Naïve, elle croit trouver le prince charmant dans le vampire qu’elle rencontre. Elle ne découvrira son erreur que tardivement, mais heureusement Van Helsing rôde dans les environs pour remettre de l’ordre dans ce cauchemar.
Ainsi, si la production des Maîtresses de Dracula fut mal engagée, le film s’impose finalement comme l’un des joyaux de la couronne de la Hammer.