J’avais capté dans un livre une allusion favorable à deux westerns réputés atypiques d’un réalisateur non spécialisé et, les cherchant, j’en trouvais un, Les Maraudeurs, dans une édition espagnole.
Le prégénérique est intéressant : un cavalier arrive dans une gorge et y trouve un homme, joué par Jeff Richards, habitant près d'un puits, qui l’accueille fraichement et l’autorise seulement à boire avant de repartir. La scène est sèche et pleine de tension dans un beau décor, aussi on s’attend à découvrir un conflit avec peut-être des enjeux captivants. Or, l’homme venait bien en éclaireur pour un raid d'un petit propriétaire des alentours, désireux de récupérer le puits, une aubaine dans cette région désertique et assoiffée.
Sa petite bande d'attaquants est insolite : avec le patron local, il y a un comptable joué par Dan Duryea, tuberculeux, habillé comme un officier confédéré sans jamais avoir été soldat ; un peintre anglais qui dessine les portraits de tous ceux qu'ils voient ; et des hommes de main, dont l’un est Hook, avec un crochet comme main droite (oui, comme Hook, le capitaine Crochet dans Peter Pan) joué par Keenan Wynn.
Ils attaquent le solitaire dans sa cabane, juste après qu’un couple et un enfant lui aient demandé l’hospitalité pour la nuit et qu'ils soient donc embarqués malgré eux dans le conflit.
Echanges de coups de feu, mais l’homme acculé au fond de la gorge avait mijoté des pièges explosifs, et une fois que les chefs - le patron propriétaire et son fils - ont été blessés, cela oblige les attaquants à reculer. Ces leaders meurent tandis que le comptable s’impose comme le nouveau chef, prétendument par la crainte qu'il inspire, alors qu’il est seul face à dix hommes de main expérimentés et hostiles. Devenu fou, il se prend alors pour un général d’armée, et tout le film devient foutraque.
Les péripéties suivantes sont aberrantes, jusqu’au point où les hommes de main, agissant comme des demeurés conduits par un dément, transportent une carriole démontée sur une hauteur surplombant la cabane.
Dans celle-ci est née une idylle entre l’homme solitaire et la femme (jouée par Jarma Lewis). Très énervée, elle l’avait d'abord blessé à coup de fusil. Cela se passe après que son mari, joué par James Anderson, ait pris la fuite, ait été torturé par Hook puis tué par le faux général.
La carriole remontée est jetée dans la pente mais les assiégés (le solitaire, la femme et l' enfant) ont construit dans la nuit une arbalète géante qui ralentit sa course avec des bombes artisanales.
Le comptable fou, abandonné par ses hommes, rend les armes et succombe d’une hemoptysie devant la cabane et la famille recomposée.
Si on me racontait le film, je n'en croirais pas mes oreilles. Dans ces années là, Roger Corman faisait, à ses tout débuts, des inepties de ce calibre, excusables peut-être car il avait moins de moyens - à peine quelques dollars - et surtout un ton de potache qui pouvait nous amuser - certes pas autant que lui et sa bande d’acteurs et d’actrices s'amusaient : c'était d'ailleurs à nos dépens - nous les spectateurs - mais c'était bon enfant.
Ici, rien ne renvoie même à un soupçon de gaîté, ni les acteurs, ni les personnages : ils sont tous paranoïdes ou antipathiques.
Il nous manque beaucoup, le rire homérique et interminable de Dan Duryea dans ses rôles habituels de bandit haut en couleurs ou de chasseur de primes décontracté : sans doute avais-je espéré un peu de ce numéro en regardant le film jusqu’au bout, juste pour lui, mais en vain.
(Notule de 2020 publiée en avril 2025).