Il a bien des qualités, ce petit film d'Alice Rohrwacher qui avait d'ailleurs reçu le Grand Prix à Cannes en 2014. Esthétiquement, nous sommes à la fois proches du documentaire caméra à l'épaule (l'image d'ailleurs bouge souvent dans le cadre, ce qui lui donne une patine indépendante/amatrice plutôt réussie et parfaitement sincère dans sa démarche) mais aussi de l'oeuvre naturaliste, sans fard, authentique.
On nous présente une famille d'apiculteurs vivant en Ombrie : 4 filles, les deux mères et le père. Toute la famille vit chichement de sa production de miel, les gamines mignonnes et mal peignées gambadent dans la bouillasse pieds nus dans des bottes en caoutchouc, le padre bourru traîne souvent en vieux slip, les mamans n'ont jamais croisé de leur vie un tube de mascara - mais c'est justement ce côté nature qui séduit, et ce sont finalement moins tant les personnages que nous regardons que le paysage qui les entoure, le soleil qui éclaire leur visage et ce lac dans lequel tous plongent avec délice. Tout ce beau monde vit en vase clos, chacun mettant la main à la pâte dans la production artisanale du miel qui assure leur subsistance.
Il y a l'aînée des filles, Gelsomina, la chouchoute du père, l'adolescente mutique, farouche, aux traits racés, qui se prend de passion pour un programme de télé-réalité en tournage près de chez eux (et dont le décor semble sorti tout droit du cerveau de Michel Gondry - et contraste avec le reste du film). "Le pays des merveilles" est une forme de concours de produits locaux, animé par une Monica Bellucci habillée mi-sirène, mi-Cléôpâtre : les participants viennent en costume faire un show autour de leur production avec un gain financier à la clé. Gelsomina va devoir drôlement ruer dans les brancards pour convaincre son père, totalement hostile à toute modernité/médias/progrès, de participer à l'émission.
En parallèle, la famille de hippies va accueillir un jeune garçon allemand, un petit délinquant à qui on offre une chance de se racheter une conduite. De l'âge de Gelsomina et aussi peu disert, Martin va quelque peu modifier l'atmosphère générale de la maisonnée (même si la piste n'est, pour moi, pas assez explorée).
Même si nous sommes loin du chef-d'oeuvre (notamment en raison de la longueur et de l'ennui suscité par certaines scènes, du caractère par moments décousu du scénario), ce petit film m'a touchée par son côté solaire et nature, c'est une jolie ode à la paysannerie locale, les enfants sont vraiment émouvants, certains plans sont très poétiques et font bien ressortir la "splendeur de la misère" de cette famille qui semble mettre en pratique une forme de sobriété heureuse...
Un film authentique, réaliste, sincère dont la dernière scène débordant d'amour m'a émue.
Joli !