7
6882 critiques
Lâcheté et mensonges
Ce commentaire n'a pas pour ambition de juger des qualités cinématographiques du film de Ladj Ly, qui sont loin d'être négligeables : même si l'on peut tiquer devant un certain goût pour le...
le 29 nov. 2019
Première journée à la BAC de Montfermeil pour Stéphane,jeune flic arrivant de Cherbourg,et elle ne sera pas de tout repos.Alors qu'il sillonne le tristement célèbre quartier des Bosquets,haut-lieu de la criminalité française,avec Chris,le chef de groupe,et son adjoint Gwada,les trois flics doivent s'interposer lors d'un affrontement entre un gang du coin et des gitans qui exploitent un cirque.Un gamin du secteur a fauché un lionceau aux circassiens et les policiers doivent retrouver l'animal avant que la situation ne dégénère,sauf que leurs recherches vont se solder par une bavure gênante qui va avoir de graves conséquences.Grand succès public et critique de l'année 2019,ce film a suscité autant d'enthousiasme que de polémiques,alors qu'il ne mérite au fond ni l'un ni les autres.Ladj Ly,qui a réalisé,produit avec sa société Lyly Films,et coscénarisé avec l'acteur Alexis Manenti,qui incarne Chris,et Giordano Gederlini,dont le "Samouraïs" de 2002 est une des oeuvres les plus moquées du 21ème siècle,est issu du collectif Kourtrajmé,une bande d'apprentis cinéastes banlieusards où il a côtoyé des gens comme Kim Chapiron,Romain Gavras,Mathieu Kassovitz ou Vincent Cassel."Les misérables" est son premier long-métrage de fiction,après qu'il ait shooté des documentaires et des courts,ce film étant d'ailleurs une version allongée d'un de ses courts-métrages.On a appris quand il s'est retrouvé dans la lumière que le gars était un délinquant et un criminel,condamné pour de nombreux exploits du genre enlèvement,séquestration,outrages à agents,violences diverses et même détournement de fonds,autant dire qu'il sait de quoi il parle,d'ailleurs il est originaire de Montfermeil.Le film a donc très bien marché en salles,et il a en outre récolté le Prix du Jury à Cannes et quatre Césars,ce qui n'est pas forcément de bon augure.Dans une ambiance réaliste,proche des documentaires qu'il affectionne,le cinéaste nous plonge donc au coeur d'une cité bien chaude où ça peut déraper à tout moment,dans le sillage d'un trio de baqueux très diversifié.Compte-tenu du pedigree de Ly,on pouvait s'attendre à une charge anti-police bien manichéenne,mais c'est plus subtil que ça.Trois personnalités dépareillées du coup,avec Chris,le leader,cow-boy grande gueule,qui bosse là depuis dix ans et connait par coeur le quartier et ses habitants.Volontiers agressif et provocateur,magouilleur sur les bords,c'est le prototype du bad cop.Stéphane,qui vient d'arriver,est le mec naïf et progressiste à cheval sur le règlement et ignorant des us et coutumes de ce charmant environnement,c'est donc le good cop.Gwada est entre les deux,c'est un noir issu des quartiers,plus proche de son pote Chris qu'il pratique depuis longtemps mais plus modéré dans son approche du maintien de l'ordre,le middle cop en quelque sorte,et c'est pourtant lui qui commettra la bavure fatale.En somme les auteurs ne condamnent pas ces personnages,présentés comme la chair à canon d'un supposé ordre républicain qu'ils seraient bien incapables d'imposer à trois face à des hordes de voyous qui les détestent et les méprisent.Parce que les jeunes du coin ne sont pas non plus décrits comme des anges,loin de là,et leurs aînés encore moins.On a des trafiquants de drogue qui recrutent,des salafistes qui embrigadent et des gamins avides de plaies,de bosses et d'argent facile.Au fond,ce que Ly critique,c'est la société dans son ensemble,ce système qui stocke en ces territoires perdus des personnes qui,quel que soit leur camp,n'ont pas envie d'être là.C'est bien vu,mais il y a un angle mort à ce raisonnement,un non-dit,voire un impensé,que le cinéaste croit masquer mais qu'il dévoile à l'insu de son plein gré,ce constat qui est généralement admis mais qu'on n'a pas le droit d'exprimer,à savoir que le vrai problème c'est l'immigration massive.Ly ne s'en rend peut-être pas compte,ou alors il le fait exprès pour développer un discours victimaire,mais il ne se cache pas derrière son petit doigt et nous montre une banlieue totalement africaine.Que des noirs et des rebeus partout,seuls les flics sont blancs,et encore pas tous.Il identifie clairement ce qui cloche,même si c'est probablement involontaire,et ne pratique pas l'hypocrisie de ses confrères,des bourgeois blancs islamo-gauchistes qui se sentent obligés de fourrer dans leurs films des tas de truands tout blancs,tout moches et tout méchants.Pas de ces élégances ici,on est direct dans la savane et dans le désert.Les blancos se sont depuis des lustres barrés de ces zones,à part ceux qui n'ont vraiment pas pu pour des raisons financières,et l'ami Ladj ne feint pas de l'ignorer.Une fois qu'on a dit ça,il ne s'agirait pas d'en tirer des conclusions trop hâtives.Bien sûr que des Maghrébins et des Subsahariens parviennent à s'intégrer parfaitement à la société française,ou du moins suffisamment bien pour que ça fonctionne,et bien sûr que ce ne sont pas tous des criminels en puissance.On n'a pas besoin d'une analyse ethnique pour voir où le bât blesse,au grand dam des belles âmes qui s'empressent de hurler au racisme afin d'occulter les vraies questions.Non,tout ça n'a rien à voir avec la couleur de peau,dont à peu près tout le monde se contrefiche aujourd'hui.Par contre ça a beaucoup à voir avec la pauvreté,avec la langue,avec la formation professionnelle,avec le logement précaire,avec la culture et avec la religion.De nombreux obstacles qui rendent extrêmement difficile pour une majorité de ces populations l'absorption par les pays occidentaux,phénomène aggravé par l'absence de contrôle,on laisse de toute évidence entrer trop de migrants en France,et par la traditionnelle démographie importante de l'Afrique.Cette gestion calamiteuse aboutit à la création d'une foultitude de quartiers-décharges devenant des zones de non-droit,et d'un sous-prolétariat qui vient s'agréger à une situation économique nationale déjà désastreuse.Ly a entièrement raison à ce propos,le problème c'est la misère et les misérables,c'est un constat implacable qui ne nécessite pas qu'on y mêle le vieil Hugo mais qui acte sans conteste le déséquilibre d'un pays en voie de tiers-mondisation accélérée.Il est amusant que le film s'ouvre sur les réjouissances banlieusardes liées à la victoire de l'équipe de France de foot lors de la Coupe du Monde 2018.Tous ces jeunes racisés agitent des drapeaux tricolores parce qu'officiellement c'est la France qui a gagné,mais que célèbrent-ils en réalité?La liesse aurait-elle été la même si la sélection nationale n'avait été constituée que de blancs?A l'inverse,les Français "de souche" étaient eux aussi euphoriques,sans s'aviser qu'ils fêtaient d'une certaine manière leur propre disparition,car le communautarisme ne marche que dans un sens.Les acteurs sont dans l'ensemble très bons,en tout cas les principaux.Alexis Manenti se régale visiblement à interpréter le très caricatural Chris,un flic comme il n'en existe plus depuis des décennies,car essayez d'aller faire un numéro pareil de nos jours dans une banlieue sensible,avec juste deux collègues et sans protections style gilets pare-balles.Mais le coscénariste fait ça très bien,et a décroché pour sa performance le César du Meilleur Espoir.Sinon le gus est un comique,il a refusé en 2021 de faire la promo de "CE2" de Doillon,dans lequel il avait joué,à cause des accusations portées contre le réalisateur pour de supposées agressions sexuelles.Par contre,ça n'a jamais gêné Manenti de tourner,de retourner et de reretourner pour son grand copain Ly,pourtant mouillé jusqu'à l'os dans des affaires bien pires.L'éternel deux poids-deux mesures des gauchistes.Le beau gosse Djebril Zonga est formidable dans le rôle de Gwada,du reste il avait été nominé aux Césars dans la même catégorie,mais c'est son camarade qui avait raflé la statuette.Bizarrement,il n'a fait que deux films pour le ciné,l'autre étant "C'est tout pour moi",dans lequel il était également très bon en escroc arnaquant l'humoriste Nawell Madani,qui est sa compagne dans la vie.Damien Bonnard est bien aussi en néophyte immergé jusqu'au cou dans un marasme qui le dépasse et dans lequel il essaie d'introduire une dose de morale.Les piliers de la téci sont Steve Tientcheu,impressionnant en caïd manipulateur,Nizar Ben Fatma,adéquat en narcotrafiquant malin,et surtout Almamy Kanoute,minéral en ex voyou devenu patron de restau et converti à l'Islam.C'est clairement le protagoniste dans lequel se projette Ly,le croyant sauvé par la Foi qui est le seul à pouvoir réguler la violence qui imprègne l'atmosphère,celui qui calme les choses mais prévoit la révolte qui arrive.Il ne faudrait toutefois pas qualifier le réalisateur de prophète,les émeutes de banlieue ont débuté bien avant son film,et il a lui-même consacré un doc aux émeutes de 2005.Ou alors il faut y voir un avertissement,du genre "demain,ce sera pire,les émeutiers sont de plus en plus jeunes et violents".L'ennui,c'est qu'il a plus l'air de le souhaiter que de le redouter.Son fils Al-Hassan Ly est assez doué en geek timide vivant à travers son drone,tandis qu'Issa Perica est plutôt faiblard en petite racaille irrécupérable.Jeanne Balibar est totalement à l'ouest en commissaire de police,mais la famille Lopez,un vrai clan de gitans,est truculente et fait le show en propriétaires de fauves énervés.
Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Les titres de critiques auxquels vous avez failli échapper
Créée
le 26 juin 2026
Critique lue 47 fois
7
6882 critiques
Ce commentaire n'a pas pour ambition de juger des qualités cinématographiques du film de Ladj Ly, qui sont loin d'être négligeables : même si l'on peut tiquer devant un certain goût pour le...
le 29 nov. 2019
5
287 critiques
"Les misérables" est certes un constat d'urgence, un geste politique important qui mène à une conclusion pessimiste et sombre, beaucoup plus qu'il y a 25ans. OK. Mais je suis désolé, ce n'est pas du...
le 21 nov. 2019
7
514 critiques
Ce n’est que le deuxième jour du Festival de Cannes 2019. Cependant, un souffle de fraîcheur surgit précocement. Les Misérables de Ladj Ly fait l’effet d’un immense coup de boutoir aussi rare que...
le 13 nov. 2019
1
2736 critiques
Barbie vit dans son monde parfait de Barbie Land où tout n'est que luxe,calme et volupté pour des créatures évoluant au milieu d'un univers en plastique où toutes les filles s'appellent Barbie et les...
le 25 juil. 2023
7
2736 critiques
Earl Stone,vieil horticulteur ruiné,accepte de convoyer de la drogue pour le compte d'un cartel mexicain,mais le gang a la DEA sur le râble.Clint Eastwood produit le film avec sa compagnie,la...
le 25 mars 2021
8
2736 critiques
12e Siècle,pendant la Troisième Croisade.Robin de Locksley,jeune noble anglais parti guerroyer avec les troupes de Richard Coeur de Lion,est prisonnier des arabes à Jérusalem.Il parvient à s'évader...
le 3 oct. 2022
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème