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Inhumains et déshumanisés
Ce film est l'un des plus monstrueux de l'histoire : sexualité racoleuse (au moins 40 actrices auront exhibé leur poitrine), thématiques sulfureuses comme la pédophilie, reconstitution...
le 22 mars 2015
Accusés de racisme à cause de leur mondo Africa Addio qui traite de la fin de l’ère coloniale, le duo Gualtiero Jacopetti et Franco Propsperi décident de tourner en réaction un film ouvertement anti-raciste traitant de manière frontale et sans édulcorant de l’esclavagisme dans le sud des Etats Unis. Les bonnes intentions ne suffisant pas toujours à faire de bons films, les deux réalisateurs signent avec Les Négriers (Addio Zio Tom) un film qui certes est le premier à offrir une image aussi réaliste et donc dégueulasse de cette abomination humaine mais il le fait d’une manière parfois assez discutable venant essentiellement du style Mondo entre documentaire et cinéma d’exploitation.
Les Négriers tente de comprendre des siècles de confrontation et de rapport conflictuel entre blancs et noirs aux USA. Le film dresse ainsi un portrait de l'Amérique des années 60/70 avec la mort de Martin Luther King, la naissance des black panthers, les révoltes des afro américains pour leurs droits tout en nous replongeant en parallèle dans les racines du mal à savoir l’esclavagisme.
Jacopetti et Prosperi fidèles à leur style inventé avec Mondo Cane vont juxtaposer ici des images d'actualités, des prise de vues documentaires et un format de docu-fiction assez originale puisque les deux réalisateurs vont tout simplement faire comme s'ils étaient partis réaliser un reportage dans le sud des Etats Unis dans les années 1800. Toute la partie fictionnelle du film est ainsi traitée comme un documentaire avec des intervenants qui s'adressent parfois à la caméra et à l’équipe de tournage et une plongée dans le vif des mœurs et coutumes de l’époque. Et même si cela donne parfois un étrange décalage du réel, il faudra pourtant garder à l’esprit que tout ce que l’on verra et entendra à l’écran sera la retranscription d’écrits d’époque et de personnages ayant réellement existé quand bien même on dépasse parfois largement les limites de l’entendement. A l’évidence les deux réalisateurs ne désiraient pas seulement montrer la fange de la traite humaine, ils voulaient plonger le nez des spectateurs dedans jusqu’à ce que les odeurs nauséabondes et les images insoutenables provoquent des hauts le cœur et un profond sentiment de malaise. Objectivement le pari est presque réussi car Les Négriers est un film difficile à regarder, un film qui gratte, qui irrite, qui révolte, qui dégoûte, qui énerve, qui fait mal et qui cogne souvent très fort. Dans un style frontal qui a parfois du mal à trouver l’exacte distance entre le voyeurisme malsain et le témoignage choc, les deux réalisateurs ne nous épargneront pas grand-chose des pires exactions de l’époque même si la réalité était sans aucun doute bien pire encore que tout ce que l’on verra sur l'écran. Mutilation, torture, viol, humains élevés comme du bétail, bébés vendus au kilos, esclavagisme sexuel de mineurs, expérimentations pseudo scientifiques, perversions, chasses aux évadés abattus comme du gibier, discours rances de racisme ordinaire et d’inégalités des races assénés avec aplomb face caméra… Le film fait étalage de toute la médiocrité de penser de l’époque et de l’ignominie humaine dans toute son abject splendeur. On croisera notamment le personnage de Marie Delphine Lalaurie qui torturait et faisait des expériences masochistes sur des esclaves dans son grenier. Si abomination déborde un peu partout de l’écran le film est parfois assez somptueux visuellement avec des images qui marquent les esprits pour la beauté de l’horreur qu’elles montrent comme cette jeune fille blanche qui promène son jeune esclave noir en laisse. Car Les Négriers est un film aussi fascinant que parfois profondément irritant dans le traitement qui est fait de son sujet. Je ne reprocherai aucunement à Jacopetti et Prosperi d’avoir voulu cracher au visage du monde une vision aussi crue et réaliste des atrocités de l’esclavage surtout qu’ils sont les premiers à l’avoir fait mais clairement les deux bonhommes et leur style si particuliers ont parfois aussi leurs limites.
Les deux réalisateurs font rarement dans la demi-mesure et l’étalage d’infamies s’accompagnent souvent d’effets de mise en scène amplifiant l’horreur jusqu’à la faire basculer légèrement dans le grotesque. Je prendrais par exemple une séquence de castration (hors champ fort heureusement) que Jacopetti et Prosperi accompagnent d’un gros plan d’une grosse teutonne à couettes et aux dents pourris qui rigolent de la souffrance du martyr créant ainsi un étrange décalage. De la même manière la musique de Riz Ortolani est parfois magnifique comme lorsqu’elle accompagne en douceur d’une mélancolique mélodie au piano la marche funeste d’une jeune fille vierge qui doit être saillie par un mâle reproducteur et parfois complètement décalée donnant à des séquences qui ne le sont pas un aspect presque comique (mais c’est une des constante du Mondo). On pourra également s’interroger sur une forme de complaisance à filmer la nudité féminine y compris de jeunes filles, à montrer en gros plans des bouches édentées, des malformations, des corps dénudés et plus problématique encore à filmer quelques fois les noirs comme des animaux et pas uniquement dans le cadre du récit. Il faut savoir aussi que film a été tourné à Haïti sous la bénédiction du dictateur Baby Doc qui a fourni aux deux réalisateurs des milliers de figurants noirs qui n’ont sans doute pas été payés pour travailler, pour être montrés nus et dégradés à l’écran (Ce qui toute proportion gardée rappelle vaguement quelque chose) . Le décalage satirique et sarcastique fait partie intégrante du Mondo mais bizarrement il irrite un peu le fond de la gorge dans le cadre d’un film comme Les Négriers qui à la louable intention de dénoncer le racisme avec rage tout en flirtant parfois dangereusement avec ... On pourra aussi tiquer sur la morale qui se construit lentement dans les allers retours entre le passé et le contemporain avec une façon de dire que la violence du passé ne pouvait qu’engendrer la violence du présent montrant notamment le fantasme de vengeance d’une communauté noire qui rêve d’assassiner les maîtres à coups de haches et de balancer leurs bébés blancs contre les murs. Le film semble alors nous murmurer en gros qu’il faut savoir oublier l’esclavage, prendre une douche pour se laver du passé et aller enfin de l’avant tous ensemble dans la joie et la bonne humeur. Si je ne suis pas pour la repentance éternelle au nom des crimes de l'histoire et de nos ancêtres, ce n’est jamais en oubliant les leçons du passé que l’on a construit un avenir radieux. Le film s’achève ainsi sur une note qui se voulait positive mais qui reste un peu amer et bancal.
Au final je ne sais pas trop quoi penser du film. D’un côté Les Négriers a le mérite d’offrir une vision abominable et sans concessions de l’esclavage dans un format cinématographique de docu-fiction aussi étrange que fascinant et de l’autre sa vision cynique, voyeuriste, distancée de toute l’horreur de la traite humaine manque parfois d'émotion et de compassion transformant la dénonciation en simple exploitation un peu sordide des faits. Les Négriers possède intrinsèquement la même ambiguïté que la nazisploitation qui sous couvert de dénoncer l’horreur se complaisent souvent à la montrer. Quand le cinéma d’exploitation se frotte aux pires pages de l'histoire, ça donne rarement des films autrement que fortement abrasifs, dérangeants et moralement ambigus ce qui n'est pas pour me déplaire.
PS : Cette critique traite de la version italienne du long métrage
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Créée
le 17 déc. 2025
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