Ah, Les Nerfs à vif. Rien que le titre donne envie de partir en week-end à la campagne avec sa belle-famille et un flingue sous l’oreiller. Martin Scorsese, ce grand romantique, nous livre ici un petit bonbon acidulé sur le thème universel de : « Que faire quand un sociopathe bodybuildé vous traque jour et nuit parce qu’il est fâché de ne pas avoir été bien défendu au tribunal ? ». Spoiler : appeler les flics ne suffit pas, surtout s’ils sont aussi utiles qu’un grille-pain dans une baignoire.
On commence par un Robert De Niro en mode coach fitness satanique : torse huilé, tatouages philo digne d’un bac L sous acide, diction biblique, sourire carnassier. Max Cady, son personnage, est l’équivalent cinématographique d’un commentaire YouTube haineux qui aurait pris forme humaine et décidé de devenir professeur d’intimidation appliquée.
Face à lui, Nick Nolte, avocat bourgeois mal rasé, tentant désespérément de faire comprendre à sa femme et sa fille qu’un homme en chemise hawaïenne qui les suit partout et rigole pendant Le Cercle des Poètes Disparus n’est peut-être pas là par hasard. Jessica Lange, quant à elle, passe le film à hésiter entre fuir, hurler, ou repeindre les murs en pleurant. Et Juliette Lewis, dans le rôle de la fille ado un peu trop fascinée par le concept d'attirance dangereuse, nous offre une performance qui ferait passer les séances de thérapie familiale pour une comédie musicale.
Scorsese, fidèle à lui-même, filme tout ça avec la délicatesse d’un coup de pied dans les tibias : effets sonores anxiogènes, musique qui semble sortir d’un opéra écrit par un maniaque insomniaque, et un usage de la lumière qui ferait passer une éclipse totale pour un après-midi ensoleillé.
Mention spéciale au climax : une partie de cache-cache humide sur un bateau en perdition, où tout le monde finit trempé, traumatisé, et probablement en thérapie jusqu’à la fin de ses jours. On ressort du film en ayant appris trois choses essentielles :
• Les barreaux de prison ne contiennent pas le ressentiment.
• La vengeance est un plat qui se mange torse nu.
• Il ne faut jamais défendre Robert De Niro à moitié.
Verdict : un feel-good movie… si votre idée du bonheur, c’est de regarder une famille se faire démolir mentalement pendant deux heures par un culturiste cultivé.
Entre frissons, fascination et sueurs froides, Les Nerfs à vif prouve que Scorsese sait faire peur même sans mafieux ni Rolling Stones.
À voir, mais de préférence pas en première rencontre avec les beaux-parents.