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le 20 janv. 2026
SuivreMédiéval spaghetti
La flemme d'écrire un billet là dessus. Primo parce que j'ai perdu le goût d'écrire. Dezio parce que j'en ai une en tête sur Primate qui m'a bien fait rigoler. Troizio parce que sa sapientissime...
Il y a, dans A Knight of the Seven Kingdoms, quelque chose de délicatement ancien, presque précieux. Une respiration plus lente, un goût pour l’ellipse, une narration qui refuse l’hystérie et choisit la patience. En une heure à peine, la série installe un monde, une ambiance, une promesse. Les cadres sont soignés, les silences éloquents, les personnages esquissés avec cette élégance rare qui suppose une confiance absolue dans l’intelligence du spectateur. On sent la volonté de raconter une histoire avant de fabriquer des GIFs. Un pari audacieux, presque subversif, à l’ère du zapping émotionnel.
Bref, une œuvre qui semble demander ce luxe devenu obscène : attendre.
Et c’est précisément là que tout déraille.
Car pendant que la série, naïve et maladroite, croyait disposer de six épisodes pour exister, une horde de critiques auto-proclamés, armés de claviers graisseux et de certitudes en béton armé, a décidé que le premier épisode était largement suffisant pour juger l’ensemble de la création, son propos, son héritage, sa place dans l’histoire de la télévision et probablement aussi la moralité de ses showrunners jusqu’à la septième génération.
Un épisode. Un.
Soixante minutes.
Et hop, verdict final, appel impossible, exécution immédiate.
C’est fascinant, presque scientifique. Nous assistons à l’émergence d’un nouveau don : la clairvoyance sérielle instantanée. Ces gens ne regardent pas une série, ils la diagnostiquent. Ils ne critiquent pas, ils prononcent. À ce stade, ce n’est plus de la critique, c’est de la divination sous amphétamines. Non pas que je sois surpris hein : je l'avais déjà signalé récemment pour Alien : Earth.
“On voit déjà où ça va.”
“C’est lent, donc inutile.”
“Il ne se passe rien.”
“Ça n’a pas l’ampleur de Game of Thrones.”
Traduction simultanée :
“Je voulais un dragon au bout de douze minutes, une trahison incestueuse à la minute vingt, et une bataille CGI avant la fin de l’épisode, sinon je m’ennuie et quand je m’ennuie je deviens méchant.”
Car oui, le péché capital de A Knight of the Seven Kingdoms, c’est d’oser raconter une histoire sans supplier le spectateur de rester éveillé en lui mettant un coup de pied toutes les trente secondes. Une hérésie. Une insulte. Une provocation presque personnelle pour celles et ceux dont la capacité d’attention a été broyée par quinze ans de thumbnails YouTube avec des bouches grandes ouvertes et des titres en CAPS LOCK.
Et alors arrivent les articles. Les threads. Les vidéos.
“Pourquoi la série est déjà un échec.”
“Ce que le premier épisode révèle du naufrage à venir.”
“A Knight of the Seven Kingdoms : HBO a-t-il perdu son âme ?”
Calmez-vous.
Respirez.
Posez ce clavier.
Lâchez votre caméra si vous êtes un créateur de contenus — de merde, soit dit en passant (coucou Regelegorila).
Nous sommes le 20 janvier.
La série a commencé le 18.
Il reste cinq épisodes.
CINQ.
Pas une scène post-générique, pas un teaser flou, mais cinq épisodes entiers, avec des arcs narratifs, des évolutions, des intentions que personne, absolument personne, ne peut honnêtement prétendre connaître à ce stade sans mentir effrontément ou se prendre pour un demi-dieu du storytelling.
Mais la vérité, la vraie, la sale, c’est que ces critiques ne parlent pas de la série.
Elles parlent de leur algorithme.
Il faut publier vite.
Il faut trancher fort.
Il faut un avis définitif, irréversible, bien clivant, bien outrancier, parce que la nuance ne fait pas cliquer et que la patience ne se monétise pas.
Alors on sacrifie la réflexion sur l’autel du putaclic.
On transforme une introduction en épitaphe.
On confond mise en place et absence d’idées.
Et on s’étonne ensuite que les séries deviennent de plus en plus hystériques, bruyantes et désespérées de plaire.
Le plus ironique, c’est que dans cinq semaines, ces mêmes personnes publieront tranquillement :
“Finalement, la série surprend.”
“Une montée en puissance inattendue.”
“Un joyau sous-estimé.”
Sans rougir.
Sans s’excuser.
Sans même se souvenir qu’elles ont hurlé à la mort après le générique du premier épisode.
En résumé : A Knight of the Seven Kingdoms n’a peut-être pas encore prouvé qu’elle était grande.
Mais une chose est déjà certaine : elle a réussi à révéler, dès son premier épisode, la médiocrité spectaculaire d’une critique pressée, paresseuse et affamée de clics.
Et rien que pour ça, elle mérite qu’on la regarde jusqu’au bout.
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Créée
le 20 janv. 2026
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