Depuis longtemps confondu avec Henry Selick à la réalisation de L’Étrange Noël de monsieur Jack, Tim Burton n’est pas pour autant étranger à l’animation : bien au contraire, ses débuts sous le giron de Disney en attestant au même titre que certains de ses courts-métrages, parmi lesquels le fameux Vincent… dont il fera plus qu’allusion dans son premier film d’animation en volume : Les Noces funèbres.
S’inspirant librement d’une légende (La Mariée morte), ce dernier est symptomatique du cinéma « commun » de Burton : doté d’un goût naturel pour le morbide, affublé de codes graphiques et atmosphériques résolument sombres, la patte du cinéaste est à la fois contenante et contenu de ce long-métrage versant dans la comédie musicale. Sous un vernis résolument fantastique, celui-ci ne se départage en effet pas d’un humour latent mais constant, l’ironie d’une vie lugubre se faisant le miroir d’une après-vie endiablée, vivace et musicale.
Le contraste est ainsi des plus simplistes, à l’image de cette éruption de couleurs (quoique ternes) au pays des macchabée : toutefois, n’en déplaise à l’acidité du propos, le manichéisme à l’œuvre est à ce point prégnant qu’il exclut toute once de subtilité, les vivants (exception faite de la pureté du couple Victor & Victoria) cumulant tous les clichés de l’abjection humaine. De surcroît suspendu aux manigances (et le rôle) prévisibles à souhait de Lord Barkis, le film n’est au bout du compte original que de par sa forme, son intrigue multipliant les facilités au service d’une trame salement téléphonée.
Le plus regrettable consiste néanmoins en ses vilains raccourcis, le film n’hésitant pas à triturer les règles de son univers pour la bonne conduite des festivités : les incohérences y sont ainsi légion ! Pour le reste, si quelques traits d’esprit, lignes de dialogue et design improbables prêtent malgré tout à (sou)rire, Les Noces funèbres n’est donc pas loin de nous laisser de marbre : nonobstant l’exercice redondant (en ce qui me concerne) de la comédie musicale, l’ensemble n’est clairement pas à la hauteur de nos espérances.
Enfin, le procédé de l’animation en volume a beau avoir déjà été largement mieux employé (nous sommes loin de la maîtrise d’un Aardman), Les Noces funèbres ne payent pas trop ses limitations techniques : sensiblement « raide » lorsque l’action et le mouvement s’imposent, la créativité débordante de Burton et son équipe compose un tableau riche, jamais à court d’idée (quitte à ce qu’elle soit douteuse, n’est-ce pas Maggot ?), soit une proposition de cinéma louable en tant que telle. Dommage à présent que le potentiel du projet, la compatibilité du sujet avec l’art « burtonien » tombant sous le sens, n’ait pas été exploité à sa juste valeur.
Pétard mouillé d’outre-tombe en somme.