Les oeufs de l'autruche, ou les deux rejetons du bourgeois Barjus qui les a longtemps ignorés ou feint d'ignorer. Barjus est en crise en tant que père de famille obtus et volontiers rétrograde, faisant mine d'apprendre tout d'un coup que son cadet fréquente une femme et que l'ainé -l'Arlésienne de la pièce d'André Roussin- est un jeune couturier de talent et homosexuel.
C'est ce dernier personnage qui est au coeur de la comédie, laquelle a le mérite d'aborder -sinon le courage de montrer- l'homosexualité à une époque où elle est encore largement taboue. Il ne se passe pas grand'chose dans le film de Denys de la Patellière, en termes d'incidents et de mouvements, et son objectif n'est que de ramener Barjus père à l'affection paternelle (et à la raison).
Pierre Fresnay est parfois proche du cabotinage quand il hausse la voix, vocifère et invective, avec ce personnage enfermé dans des valeurs d'un autre temps et qui ne semble pas capable de composer avec une certaine libéralisation des moeurs. A travers son personnage, malmené par l'auteur, passent des idées progressistes qui sont le principal intérêt du sujet, en l'absence d'un comique prononcé ou de situations de vaudeville (que n'est pas la pièce originelle).