Ce film de propagande, réalisé par un américain comme un docu-fiction, mérite le détour car il est très efficace. Il montre Alger pendant les événements c'est-à-dire la guerre, mais loin de la propagande des militaires français et des combattants du FLN. La guerre au quotidien se déroule sans grands événements et n'est visible qu'à travers la routine des contrôles de police de la population algérienne.
En contre-point, les images de l'enfance de Jean montre une Algérie idyllique dans laquelle son père est propriétaire d'une terre où "vivaient" une vingtaine de familles arabes [21'53]. Idyllique surtout pour les Français car elle repose sur l'exploitation [24'07]. Une amie de la famille, qui vit seule, représente ces colons qui se croient les maîtres en Algérie [38'23]. Son père parle arabe et représente ces colons qui croient qu'ils ont tout créé selon l'idéal de mission civilisatrice inculqué par la IIIe République [48'27]. À la fin, Jean reprend à son compte l'opposition d'Albert Camus à l'indépendance algérienne car elle remet en cause la fraternisation... coloniale [1h06]. Le colonialisme humanitaire reste aujourd'hui encore une valeur républicaine défendue au-delà des clivages politiques.
La photographie de Julius Rascheff sert la thèse de l'auteur. Présenter ce film comme "le premier film algérien" relève de la fiction car la Société Algérienne de Production représentait les intérêts de l'Algérie... française défendue notamment par un certain François Mitterrand, ministre de l'Intérieur (1954-1955) puis ministre de la Justice (1956-1957).