Dans ce troisieme volet de la trilogie Samouraï Revolution de Eiishi Kudo, la trame de départ est très semblable à celle du premier opus Les Treize Tueurs.
Un membre pourri gâté de la famille du shogun (dictateur militaire et personnage le plus puissant du Japon) tue arbitrairement un chef de clan. La direction du clan bafoué complote à la fois pour se venger du protégé capricieux et aussi pour éviter la destruction complète (du clan, du fief, des hommes), ce qui implique qu'un groupe de ses samouraïs se sacrifiera dans un assaut au sabre inégal en nombre (mais pas en qualité).
L'attaque finale se fera comme dans le deuxième, Le Grand Attentat, au cours d'un périple de leur cible entre deux fiefs, périple que les deux parties ont préparé en imaginant quelle sera la stratégie de l'adversaire, et en changeant les itinéraires et leurs plans en cours de route.
Qu'est-ce qui distingue alors ce film des deux autres ? N'est-ce qu'une variation mimétique superflue ?
Il y a d' abord un noir et blanc encore plus beau et dans cette optique - si on ose dire - l'utilisation du brouillard est absolument magique. Elle nous subjugue tellement qu'un autre réalisateur, un ancien assistant de Kudo, affirme que celui-ci a mieux su mettre en scène le brouillard que ne le faisait le grand Akira Kurosawa.
Ensuite, les préparatifs du complot sont ici présentés très vite, comme allant de soi, en quelques courtes scènes enlevées, et le groupe se retrouve rapidement à Edo (Tokyo) en capacité de rencontrer leur cible, que ses propres extravagances arrogantes mettent en danger car il s'expose aux coups au grand dam de ses gardes du corps. A noter que la performance de l'acteur qui joue ce personnage détestable est splendide. Dans cette partie, ce qui est à la fois poignant et sort du commun de la trilogie, c'est la narration des évolutions du trouble émotionnel du chef de groupe, enchâssées dans son éthique de fer quant à l'obéissance aux intérêts du clan : ses mouvements intérieurs dans ses rapports avec son épouse et ses subordonnés sont comme la composition d'une tragédie grecque à l'intérieur du chambara.
Enfin, l'attaque finale garde l'originalité du combat choral propre aux deux autres films mais avec une touche originale, captivante, de retour aux sources : le duel de bretteurs émérites.
En résumé :
Le premier avait une allure de piège du faible tendu par tout un village au plus fort, comme dans Les 7 samouraïs de Kurosawa (ou Les 7 Mercenaires, son remake américain)
Le deuxieme avait surtout le caractère chaotique et vériste d'un assaut collectif désespéré, avec le seul avantage du site choisi pour l'attaque, propice aux surprises.
Ce troisième montre au contraire un vrai souci tactique de l'assaut minoritaire, qui est séparé en plusieurs vagues, et le final donne pour une fois sa place au grand duel de deux fines lames, mâtiné ici de corps à corps, de lutte haletante et de sursauts résilients des deux combattants principaux malgré leurs blessures, jusqu'à l'extinction de tous, attaquants, attaqués, cible protégée, héros et couards, seconds couteaux et gardes d'élite.
La trilogie Samouraï Revolution :
Les Treize Tueurs (1963).
Le Grand Attentat (1964),
Les Onze Guerriers du Devoir (1967).