Il pleut sur Cherbourg et les gens se pressent
Les pavés sont gris, le port est maussade, seules les parapluies apportent des couleurs qui manquent. La caméra pivote, s'en va et s'en revient. En mouvement : c'est le début du film et tout est déjà annoncé.
Au devant de la scène, le mouvement, le mouvement, rien que lui.
Mouvement de l'arrivée, des départs, des retours.
Mouvement des trains qui s'éloignent de nous, des cortèges colorés un jour de carnaval.
Mouvements des voix, aiguës puis soudain graves, graves puis aiguës. Mouvements des personnages dans des décors immenses.
Mouvement des couleurs qui caressent les corps. Mouvements des corps qui se caressent, s’élancent, courent, ralentissent, se lâchent, seuls, recroquevillés, livides et dépressifs.
Mouvement de tout : chaque chose se décale, un "Bonjour !" se chante et un "Au revoir" se minaude. Les Parapluies de Cherbourg est un film du mouvement. Qui s'en vient chercher la preuve de la mobilité des choses, des esprits et des corps, de l'abstrait et du concret.
Il n'y a qu'une seul chose qui jamais ne bouge, dans le film comme dans la vie, qui est là, tout le temps, qui observe, qui attaque : c'est le désespoir. Qui envoie dans la nuit ses précieux alliés : la guerre. L'absence. Le manque. Le vide. L'ennui. L'argent qui manque. L'enfant qui vient au mauvais moment. La lassitude. La blessure. Le désespoir, le désespoir : le film ne raconte que cela.
Mais on continue, on avance, on bouge justement. Par pudeur, sans doute, on chante pour le cacher, ce désespoir indestructible et qui brisera la vie.
Ce film, est-ce un film, surement un songe, ou un cauchemar. On l'a vu comme une blague et nous voilà trompés. On s'est moqué, on pleure. On s'est dit que c'est un film de princesses, mais la princesse est morte. Il commence comme un conte de fée et se finit en bout de course, tragique, amer, grave et fatigué. Il y avait le mouvement fou des chorégraphies et des rires éclatants. Il n'y a plus rien. Il n'y a que de la cendre et une odeur de pourri. Il y a la neige qui tombe, les amants qui s'éloignent sans même se regarder. Ils vivent mais ils sont morts, tristes, tristes et trompés, priés de s'être manqués pour toujours, à jamais.
A l'écran, lisse, poli, propre, on chante, on crie, on danse. On dirait que c'est la joie, mais la joie doucement se meurt. Le désespoir se régale de nos corps vidées. Mange l'énergie qui nous faisait marcher. Et les sourires sont là, mais sonnent étrangement faux. Et les couleurs sont les mêmes mais perdent leur éclat. Et les mouvements se poursuivent mais semblent immobiles. Et les visages rouges semblent si livide.
Et les parapluies noirs se proclament les rois.
B-Lyndon
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le 30 juin 2013

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B-Lyndon

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