À sa sortie en salles, alors que le film avait rencontré un échec commercial plutôt cuisant, j’avais déjà trouvé ce film très bon. En me replongeant dedans trente ans plus tard, je suis toujours étonné de son peu de notoriété critique et publique. Peu actif dans le film d’espionnage, le cinéma français trouvait pourtant là un parfait mètre étalon. Cette peinture sans concession du monde de l’espionnage est franchement particulièrement réaliste et subtile, telle qu’elle échappe aux versions américaines du genre qui veulent que l’espion soit un homme d’action pur et dur, mâle par excellence et sauveur de sa patrie. Les Patriotes en est la totale antithèse et c’est peu dire que cette vision beaucoup plus réaliste ne rate pas sa cible. Missions d’infiltration, manipulations, pressions font tout de suite bien moins rêver les amateurs de James Bond. Cette plongée obscure dans un milieu sans pitié où le seul l’objectif final compte, broyant avec froideur les êtres humains utilisés comme moyens, est d’une remarquable efficacité. Tenu par deux récits majeurs, qui sont autant de missions, le premier sur le sol français et le second sur le sol américain, sont d’une écriture précise qui fait totalement mouche. On aura sûrement une préférence pour le premier car les enjeux sont mieux posés, le ton y est particulièrement cynique et l’interprétation des différents protagonistes est impeccable.
Certains ont pu reprocher au film sa longueur et son côté quelque peu austère, mais, justement, c’est cette image proche du documentaire qui rend l’ensemble si crédible. Éric Rochant, qui s’est ensuite progressivement éloigné du cinéma pour se rapprocher du petit écran, a, en tout cas, toujours suivi les préceptes qu’ils avaient établis pour ce film ambitieux qui ne trouva pas son public. Sa série Le Bureau des légendes s’inscrit, en ce sens, en exacte filiation avec ce titre. Soucieux de ne pas sacrifier son récit à l’action ou au spectaculaire, il fait également entendre une petite musique qui donne une dimension humaine à l’ensemble, même si cette dimension est évidemment en souffrance. On louera également la qualité d’un scénario qui s’appuie, en grande partie, sur des faits réels (même si, bien sûr, l’introduction s’en défend) donnant une impression encore plus glaçante au résultat.
Le mélange incessant des langues (le Français, l’Israélien et l’Anglais principalement) concourt à ce souci d’authenticité où les langues ne peuvent être universelles, ce qui explique d’ailleurs les incessants malentendus entre les hommes, les cultures et les nations qu’ils défendent. Cette production au budget ostensiblement confortable ne s’est malheureusement jamais relevée de son accueil glacial même si certains critiques estimèrent, à juste titre, qu’il est certainement une des références majeures pour le genre dans le cinéma français. Quasiment oublié aujourd’hui, il demeure cependant une des projections les plus importantes pour les nouvelles recrues des services de renseignement extérieurs français tant on loue son réalisme. Ce n’est pas un petit compliment.