Je ressors assez partagé de « Les Pires ».Ce qui m’a d’abord frappé, c’est la qualité du jeu des jeunes acteurs. Ils sont d’une justesse impressionnante. À plusieurs reprises, j’ai oublié que je regardais une fiction.Puis vient la surprise : découvrir qu’une grande partie d’entre eux sont des comédiens non professionnels, recrutés lors de castings sauvages.Et c’est précisément à ce moment-là que le film bascule pour moi. Ce qui, quelques minutes plus tôt, relevait simplement d’une performance d’acteur commence à susciter d’autres interrogations. Où s’arrête le personnage ? Où commence la personne ? Qu’est-ce qui est joué, qu’est-ce qui est emprunté au réel ? Sans que le film ne le dise explicitement, il installe un doute permanent qui ne me quittera plus jusqu’à la fin.C’est d’ailleurs la plus grande force du film… mais aussi, selon moi, son principal défaut.À force de brouiller les frontières entre réalité et fiction, le film soulève une quantité de questions sans jamais réellement les explorer. Le regard des habitants est d’ailleurs extrêmement bien écrit. Leur méfiance envers l’équipe de tournage n’a rien de caricatural, elle s’appuie sur des peurs crédibles et des expériences que l’on peut comprendre. Pourtant, le film ne tranche jamais vraiment. Ces craintes sont-elles infondées ? Sont-elles confirmées ? Ou sont-elles simplement tues parce qu’elles seraient trop dérangeantes ? Chacun est libre d’y voir ce qu’il veut, mais cette ambiguïté nourrit autant la réflexion que le doute.Ce sentiment est renforcé par certaines scènes impliquant les adolescents. On voit une jeune fille évoluer dans un univers majoritairement composé d’adultes, on assiste à des situations qui peuvent mettre mal à l’aise, sans que le film ne montre réellement les garde-fous qui existent probablement en dehors du cadre. Je ne parle pas du tournage lui-même, rien ne permet de penser qu’il n’était pas encadré,non qui m’interroge, c’est le choix du film de ne jamais montrer les mécanismes qui permettent précisément d’éviter les dérives qu’il met en scène, les discussions en amont, les limites fixées, les personnes chargées de leur protection..Enfin si, à plusieurs reprises, le film insiste sur le fait que les adolescents sont volontaires et peuvent dire non. Pourtant, j’ai eu le sentiment qu’il se contentait de rappeler qu’ils avaient le choix, là où j’aurais attendu qu’il interroge ce que signifie réellement ce choix, ces consentements dans une relation profondément asymétrique ( l’âge, l’expérience, la notoriété, le désir d’être choisi, la confiance accordée aux adultes… ) Le consentement peut exister, mais il ne clôt pas la réflexion ; il devrait en être le point de départ.Or, c’est précisément là que réside, selon moi, le problème. Lorsqu’un adolescent rêve de faire du cinéma, qu’il est choisi parmi des centaines d’autres et qu’il se retrouve entouré d’adultes dont dépend en partie son avenir, peut-on vraiment considérer que le simple fait de pouvoir dire « non » suffit à répondre à toutes les questions ? En laissant ces éléments hors champ, le film entretient une ambiguïté qui, selon moi, finit par renforcer les inquiétudes des habitants au lieu de réellement les mettre à l’épreuve.Le film semble parfois le suggérer, alors que c’est justement à cet endroit que la réflexion devrait être accentuée.En laissant hors champ tout ce qui permettrait de comprendre comment ces déséquilibres sont réellement encadrés, le spectateur est contraint de remplir les blancs lui-même et cette ambiguïté finit selon moi par donner davantage de crédit aux inquiétudes des habitants qu’à la réalité qu’il prétend pourtant interroger.Le même constat vaut pour plusieurs intrigues. Là où il développe une intrigue amoureuse finalement assez anodine, il laisse presque hors champ les véritables rapports de pouvoir, les vulnérabilités et les risques que représente l’entrée d’adolescents dans un milieu où ils dépendent entièrement d’adultes. Cette absence est peut-être intentionnelle. Elle m’a pourtant laissé avec un sentiment étrange : celui d’un film qui propose une réflexion sur les dérives du cinéma, grâce aux habitants, réflexion venue tres tard qui plus est, mais le film semble s’arrêter au seuil de cette discussion.Le film semble les désigner du doigt, puis détourne le regard.Au final, j’ai eu l’impression d’un film qui pose d’excellentes questions mais qui refuse d’y répondre. Il crée un malaise, mais ne le transforme jamais en véritable réflexion. À mes yeux, il en ressort paradoxalement assez vide. En dehors de la performance remarquable de ses jeunes acteurs, je suis resté avec la sensation d’un potentiel bien present mais laissé en suspens.