Sage-femme, Anna assiste la naissance d'un bébé qui échange sa vie contre celle de sa mère adolescente. Déterminée à établir l'identité de la jeune junkie défunte et trouver un lien familial pour l'orpheline, Anna s'immisce malgré elle dans les coulisses de la mafia russe implantée à Londres.
Lors de son enquête, elle fait la connaissance de Semyon (Armin Mueller-Stahl), en apparence un élégant et avenant papy mais surtout une des pontes de cette mafia raciste et homophobe. Sous sa couverture de chef cuisto, cet impitoyable parrain taquine le "borchtch", une tambouille du bled, comme ses ouailles ritales confectionnent avec passion leurs spaghetti bolo.
Semyon est assisté de Kirill (Vincent Cassel), son fils bercé trop près du mur et de Nikolai Luzhin (Viggo Mortensen), homme de main, nettoyeur et chauffeur du clan.
Comme à son habitude, Cronenberg nous arrose de violence crue, frontale, parfois un poil too much (deux gorges découpées comme du rosbeef, un oeil crevé, des membres cassés, des doigts coupés...) Etonnamment, dans ce contexte pas un coup de feu ne retentit, pas le moindre pushka n'est exhibé, la tuerie se fait artisanalement au rasoir ou à la serpette, cousine aiguisée du couteau à fromage.
Contrairement à son habitude, les personnages du réalisateur ne souffrent pas de difformité ou d'handicap si ce ne sont les corps des mafieux russes ornés de tatouages relatant leurs c.v.
Malgré les castes qui s'opposent (russe, ukrainienne, géorgienne et tchétchène), chaque clan semble famélique, pas plus de 4-5 membres constituent leurs rangs. Je conçois qu'il ne s'agit pas d'un film de gangsta à la Scorsese mais l'arrière-plan manque cruellement de petites mains, même anecdotiques.
Viggo Mortensen, coiffé du brushing de son réalisateur, viole le slip du film par son incandescence priapique. Malgré son rôle de sous-fifre énigmatique, glacial et sobre, il surpasse en charisme le reste du casting et surtout face à un Cassel qui patine, qui manque d'assurance et de maitrise en surjouant son perso de petite frappe dingo.
Naomi Watts, toujours aussi michto, est aussi à l'aise dans sa peau de fille d'immigrés russes que dans son unique jeans qui la galbe admirablement, et Armin Mueller-Stahl, le parrain, est épatant dans son rôle à deux facettes.
Loin de moi de pinailler sur d'éventuelles considérations philosophiques sous jacentes, "Eastern Promises" est de qualité mais m'a semblé trop linéaire, trop "dans le rang" pour du Cronenberg (une fin convenue et un environnement restreint) comme un manque d'audace inhabituel.