Je viens de lire les Raisins de la Colère de Steinbeck, qui a été une sorte de révélation, tant par son humanisme que par le message universel qu'il renvoie, et les problématiques traversées par les classes ouvrières et paysannes, qui demeurent d'actualité.
Evidemment, j'ai voulu regarder son adaptation par John Ford, légende du cinéma américain, sortie l'année suivant la parution du roman de Steinbeck. Si le propos demeure aussi fort, j'ai été surpris par les incohérences du récit, et les nombreux raccourcis qui portent malheureusement préjudice à l'histoire d'origine. On suit des personnages secondaires de la famille Joad dont le tableau manque cruellement de profondeur (Al le coureur de jupons, l'oncle John qui tente de se repentir suite au décès de sa femme, Rosasharn et sa grossesse, qui est un des fils conducteurs principaux du récit), quand ils ne sont pas tout simplement expédiés sans aucune raison (qu'en est-il de Noah? à peine une ligne de dialogue lors des retrouvailles avec Tom, puis il disparaît d'une scène à l'autre sans aucune explication... si c'est pour lui réserver ce traitement autant ne pas inclure le personnage du tout dans le film)
Je sais évidemment qu'en deux heures il est difficile de retranscrire avec autant de détails une histoire de 600 pages, et je ne remets pas en question la possibilité pour le réalisateur de prendre certaines libertés par rapport au livre, mais de nombreux moments clefs du roman ont été supprimés (la fin, hautement symbolique, remplacée par une sorte de discours sur le peuple, dont il n'a jamais été question dans le livre, bof), ou mélangés (le camp du gouvernement intervient après le camp où il y a une grève, ce qui à mon sens diminue l'impact de la scène de la grève et de Casy).
Bref, pris à part ce n'est certainement pas un mauvais film car les messages principaux sont tout de même retranscris, mais si l'histoire est géniale, ce n'est pas à mettre au crédit de John Ford.
Mention spéciale tout de même pour Henry Fonda, très grand acteur et qui endosse bien le rôle de Tom Joad.