Il existe des films qui révolutionnent le cinéma. Les Ringards, de Robert Pouret, n'en fait clairement pas partie. En revanche, il fait partie de ces comédies populaires des années 70 qui dégagent aujourd'hui un charme un peu désuet, comme une vieille Renault 16 qui démarre encore au quart de tour malgré quarante ans de bons et loyaux services.
Le scénario ne brille pas par son originalité. Cette histoire de bras cassés embarqués dans une aventure policière évoque souvent L'Aventure, c'est l'aventure de Claude Lelouch, mais en version beaucoup plus modeste. On sent l'influence sans jamais retrouver la folie, le rythme ou la virtuosité du modèle. Robert Pouret privilégie les personnages aux situations, quitte à laisser l'intrigue tourner parfois au ralenti.
Mais le film possède une arme redoutable : son trio d'imbéciles magnifiques. Aldo Maccione est fidèle à son personnage de séducteur sûr de lui, roulant des épaules avec cette démarche devenue légendaire. Son humour fonctionne toujours grâce à un sens du timing remarquable. Face à lui, Julien Guiomar, immense acteur capable de passer du cinéma d'auteur à la farce la plus assumée, compose un personnage aussi grotesque qu'attachant. Quant à Charles Gérard, éternel compagnon de route de Claude Lelouch, il apporte sa bonhomie habituelle et une formidable capacité à exister sans jamais chercher à voler la vedette .Leur alchimie fait oublier les faiblesses du scénario. On a parfois l'impression d'assister à une réunion de vieux copains qui improvisent leurs gags, et finalement, c'est ce qui rend le film sympathique.
Et puis il y a Mireille Darc. À la fin des années 70, elle possède encore cette élégance naturelle qui illumine chaque plan. Impossible de ne pas penser à son incroyable carrière, de Week-end de Godard jusqu'aux grandes comédies de Georges Lautner ou aux films de Claude Lelouch. Sa simple présence apporte une classe que le film ne mérite peut-être pas toujours, mais dont il profite largement.
À leurs côtés, Georges Wilson ajoute une touche de gravité bienvenue. Immense homme de théâtre et acteur de premier plan, il rappelle que le casting est finalement bien plus prestigieux qu'on pourrait le croire au premier abord.
Sur le plan technique, la réalisation reste très classique. Robert Pouret ne cherche jamais l'esbroufe : découpage fonctionnel, photographie lumineuse, montage efficace sans être particulièrement inventif. Le film mise avant tout sur les acteurs et les situations comiques plutôt que sur une mise en scène démonstrative.
La musique accompagne agréablement l'ensemble. Certaines orchestrations rappellent effectivement le cinéma de Claude Lelouch des années 70, avec ces mélodies légères et un peu nostalgiques qui donnent parfois au film un parfum de balade dominicale. Elle ne marque pas durablement les esprits, mais elle participe beaucoup à cette ambiance chaleureuse.
Les dialogues, eux, sont plus inégaux. Certaines répliques tombent juste, d'autres paraissent franchement appuyées, comme si l'on insistait un peu trop pour provoquer le rire. On sent parfois que le film cherche la bonne blague avec l'énergie d'un vendeur de foires qui essaie de vous convaincre d'acheter un épluche-légumes révolutionnaire.
Robert Pouret était avant tout connu comme scénariste et dialoguiste. Comme beaucoup d'auteurs de sa génération, il s'est essayé à la réalisation avec un cinéma populaire sans prétention, destiné avant tout au grand public. Le casting réunit plusieurs figures incontournables du cinéma français des années 70. Charles Gérard sort alors de plusieurs collaborations avec Claude Lelouch, tandis qu'Aldo Maccione connaît l'une des périodes les plus populaires de sa carrière après le succès de nombreuses comédies franco-italiennes.
Le tournage s'est déroulé dans une ambiance particulièrement conviviale. Plusieurs membres de l'équipe évoqueront plus tard un plateau où les fous rires étaient fréquents, notamment lorsque Julien Guiomar et Charles Gérard improvisaient des variations autour des dialogues écrits.
Les Ringards n'est certainement pas un grand film. Son scénario recycle beaucoup d'idées déjà vues et sa mise en scène reste très sage. Pourtant, il possède quelque chose qui manque souvent aux comédies actuelles : une vraie sympathie. On passe un bon moment en compagnie de cette bande de doux dingues, on sourit plus qu'on n'éclate de rire, et surtout on retrouve une époque où le cinéma populaire français ne cherchait pas à être parfait, seulement à divertir.
Et rien que pour voir Aldo Maccione bomber le torse, Julien Guiomar cabotiner avec un bonheur contagieux et Mireille Darc illuminer l'écran, le voyage vaut encore largement le détour. Comme quoi, être ringard… ça vieillit parfois beaucoup mieux que prévu.