Ce n'est pas tous les jours que je regarde un film roumain, mais "La Gomera" s'éloigne nettement de l'idée caricaturale qu'on peut se faire du cinéma de l'Est : triste, cérébral et long comme un jour sans pain.
En 1H30 chrono, Corneliu Porumboiu signe au contraire un polar choral ludique et coloré, dans lequel on entend parler roumain mais aussi espagnol et italien, sans oublier évidemment le silbo, ce langage sifflé utilisé aux îles Canaries (où une partie du film a été tourné) pour esquiver la surveillance policière.
Contrairement aux cinéphiles "puristes", je suis généralement sensible en priorité au scénario et aux dialogues d'un film, des éléments qui ne sont pas spécifiquement cinématographiques, et moins à la mise en scène proprement dite.
Or "La Gomera" constitue le parfait contre-exemple, puisque son intrigue lacunaire à la structure non-chronologique apparaît souvent incompréhensible, et c'est justement sa mise en scène saturée de références qui sera parvenue à me prendre dans ses filets.
Envoûté par l'atmosphère installée par Porumboiu, la photo colorée, les décors, la musique (de l'opéra surtout), mais aussi par la plastique de l'actrice principale Catrinel Marlon, je me suis laissé absorber par cette suite de scènes jalonnées d'humour absurde, dont l'articulation erratique pourra laisser perplexe.
Par conséquent, je comprends que certains soient restés froids devant ce spectacle étrange, qui pourra sembler creux et artificiel, d'autant que le "héros" mutique et inexpressif (Vlad Ivanov) n'est pas un modèle de charisme, et c'est un euphémisme.