« Les filles devraient connaître cette histoire. Les garçons devraient l'avoir gravée dans le cœur. » On ne peut qu'être d'accord avec cette opinion du magazine féminin Marie Claire à propos des Suffragettes, la féministe sortie de novembre. Celle-ci dépeint l'histoire vraie d'un groupe de suffragettes à Londres, en 1912, et rappelle qu'il y a moins d'un siècle, en Occident, les femmes devaient encore se battre pour disposer de l'élémentaire droit de vote. Au Royaume-Uni, la lutte est partiellement gagnée en 1918, quand le droit de vote est accordé aux femmes de plus de 30 ans ; elle est totalement remportée en 1928, avec l'extension du droit de vote à toutes les femmes adultes (à titre de comparaison, en France, il faut attendre 1944 pour que les femmes bénéficient du droit de vote).
Le film ne s'aventure pas jusque-là. Les Suffragettes suivent un petit groupe de ces combattantes de l'égalité entre les années 1912 et 1913. Parmi elles, Maud Watts (Carey Mulligan), jeune mère de famille, petite main à la blanchisserie Glasshouse. Dès les premiers plans, notamment à l'intérieur de cette usine, on est plongé dans une Angleterre machiste où les hommes contrôlent les femmes. Ainsi, Norman Taylor (Geoff Bell), le patron, qui n'aime rien de moins qu'abuser des jeunes employées – « jeunes », ici, veut dire 12 ans. Ou Sonny (Ben Whishaw), le mari de Maud, qui n'accepte jamais le combat de cette dernière, jusqu'à l'empêcher de voir son fils – en ces temps-là, le père est le seul responsable légal reconnu des enfants. Les Suffragettes sont émaillées de ces manifestations du sexisme triomphant de l'époque : les commentaires désobligeants des ouvriers hommes sur leurs collègues femmes sont légion, surtout quand elles s'engagent pour l'égalité des droits.
Bien entendu, ces mâles aux éructations bravaches ont une sorte de figure tutélaire, incarnant la vraie opposition de l'Angleterre conservatrice. C'est l'inspecteur Arthur Steed (Brendan Gleeson), qui, « au nom de la loi », comme il le rappelle à Maud, opprime et emprisonne les suffragettes. Mais cette tension entre deux personnages que tout oppose, vue et revue cent fois, a peine à décoller. Le déroulement de l'histoire n'est guère plus excitant : climax convenu avec la seule apparition d'Emmeline Pankhurst (Meryl Streep), leader du mouvement, pour un discours de résistance enflammé auquel le Tout-Londres féminin semble assister ; anticlimax après l'action menée par notre groupe de suffragettes – l'explosion du manoir d'un ministre – alors qu'elles sont toutes arrêtées et mises en cellule, voire nourries de force – des pratiques « barbares », s'émeut tout de même Arthur Steed – pour celles qui ont choisi la grève de la faim.
Le film s'achève par le décès accidentel d'Emily Davison (Natalie Press), qui tentait d'arrêter le cheval du roi George V lors d'une course hippique pour déployer une banderole « Vote for women ». Première tragédie du mouvement, certes, mais qui permet, comme le laisse entendre la conclusion, une médiatisation internationale de la cause des Suffragettes. Hélas, cet ultime drame n'arrive pas à tirer des larmes au spectateur, qui aura sans doute déjà sombré dans l'ennui depuis un moment. « Des actes, pas des mots », rappellent plusieurs fois les révoltées tout au long du film. Avec cette production aux ressorts trop visibles, la réalisatrice Sarah Gavron n'atteint certainement pas l'audace des actes de ses héroïnes.
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