Lorsqu'on regarde Les temps changent, on ne sait pas exactement ce qu'on regarde : est-ce une comédie ? Un film de science-fiction ? Une romance ? Un film social ? Et puis, au fur et à mesure, on se rend compte que, ce que l'on regarde, c'est tout cela à la fois. Et, forcément, lorsqu'un film essaye de mêler chacun de ces standards en même temps, il ne remplit les cahiers des charges d'aucun de ces standards.
Ici, cela crève les yeux. La comédie est noyée dans les considérations sociales que le spectateur se met à deviner et à attendre au point que les situations qui pourraient prêter au rire ne sont jamais vraiment drôles, ni même vaguement amusantes.
De la même manière, l'aspect science-fiction est complètement passé sous silence : il est en effet difficile, si cela ne relève pas même de la mauvaise foi, d'affirmer que Les temps changent est un film de science-fiction. Cette dernière n'est qu'un prétexte. Mais alors, un prétexte à quoi ?
A la romance ? Là encore, la romance est assez pauvre. Hormis une scène de danse et de chant assez gênante, le film n'exploite jamais ce standard.
Il reste alors l'aspect social. Et c'est ici que la critique est assez terrible : Les temps changent ne peut être considéré que comme une comédie critiquant la société sexiste des années 1960. Mais c'est tellement mal fait, que le film devient une œuvre féministe desservant le féminisme.
En effet, à force de montrer l'amélioration (indéniable) de la condition féminine du XXIe siècle au Mexique, le film passe sous silence absolument toutes les inégalités, les scandales et les axes d'améliorations possibles de la société mexicaine. Manifestement, pour Chava Cartas, tout va bien pour les femmes au Mexique : elles ont droit d'avoir des smartphones, peuvent coucher avec qui elles veulent, peuvent avoir accès à tous les emplois et font les fêtes qu'elles veulent. Quid du nombre de féminicides qui crève le plafond ? De la prostitution des plus jeunes d'entre elles qui bat des records ? Du sexisme professionnel et politique encore bien ancré ? Des violences sexistes et sexuelles encore systématiques ?
De tout cela, rien n'est dit. La doyenne n'en dit rien, la jeune nièce non plus, et la protagoniste ne relève rien... Ce film féministe, donc, ne critique absolument rien du sexisme encore présent de nos jours, surtout au Mexique, et, pire que cela encore, semble fermer les yeux dessus. Tout cela est banalisé, considéré comme normal, bien accepté ou considéré comme inexistant. On assiste donc à une absurdité d'une heure et demie.
On arrive alors à un film peu drôle, peu excitant, peu glamour, et affreusement sexiste qui n'est - hélas - sauvé ni par le jeu des différents acteurs, ni par le montage qui se montre parfois - hélas encore - très mauvais, si ce n'est franchement laid. C'est triste, pour une fois que le cinéma mexicain parvenait à traverser l'océan...