Le film se regarde et contient deux ou trois moments drôles mais la note de 3 correspond surtout à ce qu'il représente et ce qu'il a pu et voulu obtenir comme effet sur son public et la société.
Les deux jeunes délinquants sont des ordures, ils sèment la pagaille et se rendront coupables de toutes sortes d'attitudes méprisables, du simple vol au petit braquage, du harcèlement aux agressions, allant jusqu'au meurtre bien qu'indirectement. Le film présente systématiquement les victimes de leurs méfaits comme des individus ridicules, comme s'ils méritaient ce qui leur arrive, à l'instar du père de la fille qui partira à la fin avec le trio ou du mari de la femme rencontrée dans le train. La fille qui restera avec eux n'est pas non plus un modèle de cohérence, frappée, violée, blessée, elle s'attachera tout de même aux deux truands. Il y a une volonté d'inscrire les deux protagonistes comme des héros dans cette histoire et tout cela participe finalement à l'inversion générale des valeurs antérieures à Mai 68 et au climat qui a vu naître ce film. Les truands sont romantisés tandis que les victimes sont ridiculisées, voilà dans cet exemple une des intentions perverses de ce film. Jean-Claude et Pierrot auront d'ailleurs chacun leur réplique contre la France, bien que cela n'ait aucun intérêt pour le scénario, qui met en avant un duo de vagabonds errants anarchiques. Déraciné, donc. Enfin, avec la scène finale assez ridicule de l'adolescente qui rejoint le trio en quittant ses parents et en donnant leurs économies à de parfaits inconnus, on porte un coup à la famille au profit de l'attitude de l'adolescent rebelle.
Si ce film a effectivement choqué une partie de son audience à sa sortie, le fait qu'il puisse continuer à choquer encore aujourd'hui, plus de 50 ans plus tard, c'est peut-être parce que le modèle de vie et de valeurs qu'il propose ne collera jamais à aucune réalité durable.